<span class=Police-population : des pistes pour améliorer le dialogue">

Oct / 17

Police-population : des pistes pour améliorer le dialogue

By / Florian Dacheux /

Comment améliorer le dialogue entre la police et la population ? Avec pour objectif d’élaborer des pistes d’actions pour les années futures, l’association Espoir 18 et le Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC) ont organisé un séminaire dédié les 11 et 12 octobre 2022 à Paris. La présentation d’une revue internationale sur les bonnes pratiques (coécrite par le CIPC et Espoir 18) et plusieurs tables rondes en présence d’universitaires, de policiers et d’acteurs de la société civile, ont eu lieu.

Police-population : des pistes pour améliorer le dialogue

Sur le mur, une série d’images est accrochée. Assa Traoré, poing levé, t-shirt siglé Justice pour Adama, défile lors d’une manifestation, précédant une affiche tirée d’une campagne de communication du ministère de l’Intérieur : “protéger, le plus beau des métiers”, avec un policier en uniforme. Puis surgit une voiture de police en flamme. A proximité, un message en grand est écrit sur une banderole : « Mais qui nous protège de la police ? ». Alors que les débats sont inflammables en France, comment améliorer le dialogue entre la police et la population ? Tel était le sens des débats organisés par l’association Espoir 18 et le Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC), mardi 11 et mercredi 12 octobre 2022, à l’Espace Paris Jeunes Nathalie Sarraute dans le 18e arrondissement de Paris. Depuis cet été, les deux structures travaillent ensemble pour proposer des mesures concrètes applicables en France en s’inspirant d’initiatives qui ont marché ailleurs dans le monde, dont une partie a été présenté au public dans un rapport. Des propositions d’action seront présentées d’ici la fin de l’année. L’Institut de recherche pluridisciplinaire, basé à Montréal, a notamment fourni un travail précieux. « Le centre a un savoir-faire que nous n’avons pas en tant que petite association de quartier », explique Mamadou Doucoura, le directeur de l’espace jeunesse.

Mamadou Doucara (Espoir 18) et Florilène Cornier (CIPC).

« Il existe des leviers » 

D’autant que le sujet sur les rapports entre la population et sa police est fortement « polarisé » en France, selon Florilène Cornier, coordinatrice du programme au CIPC. « Il y a une politisation très forte en France de la question de la sécurité, avec une succession de lois depuis les années 1990 », explique-t-elle, soulignant la tentative avortée de la police de proximité, supprimée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Résultat, aujourd’hui, la France se « trouve classée au 16e rang des pays de l’Union Européenne en matière de confiance des citoyens envers la police », poursuit Forilène (ndlr : avec une forte disparité selon les personnes et les territoires). Elle ajoute : « Il y a une sorte de chape de plomb en France. Il y a beaucoup de fatalités. Oui, le système est centralisé, avec des contraintes. Mais il existe des leviers. Dans d’autres pays, les gens ne se sont pas arrêtés au poids de l’histoire. Il existe des fenêtres d’actions et des opportunités, malgré la résistance des institutions ou des syndicats. »

Les participants ont tenté de se concentrer sur les leviers et solutions.

Lutter contre le contrôle au faciès

Florilène Cornier donne l’exemple du succès de la mise en place de la police de quartier à Montréal au Canada dans les années 1990, en lien étroit avec les acteurs locaux de la prévention. En Espagne, la police de la ville de Fuenlabrada, dans la banlieue de Madrid, a mis en place en 2008 le récépissé pour les contrôles d’identité, ce qui a permis de réduire de deux tiers le nombre de contrôles, améliorant en même temps la qualité des interpellations. En Angleterre, la police de Northamptonshire a mis en place en 2014 des panels citoyens, où chaque mois entre 5 et 15 personnes âgées de plus de 16 ans, jugent la qualité des interventions des policiers. Ce retour a permis de diminuer le nombre d’interpellations de 90%, tout en améliorant la qualité des contrôles, avec davantage de délits constatés.

« Parler des convergences, sans nier les divergences »

« Il faut aller vers et dialoguer. On l’a oublié, mais on affaire à des humains, que ce soient les policiers, les usagers, les habitants. Nous devons remettre l’humain au centre », est convaincu Mamadou Doucoura, qui a mené plusieurs entretiens avec des policiers. Il a été marqué par le mal-être de certains agents, symbolisé par le taux de suicide élevé dans la profession. « Il y a des jeunes qui débarquent de leur province dans des quartiers populaires en région parisienne. Ils ne sont pas suffisamment formés. Jusqu’à récemment, leur formation avait été raccourci à huit mois, avant d’être rallongé à douze mois. Mais ce n’est pas assez », juge-t-il. « Il faut continuer à dialoguer. Nous devons parler des convergences, sans nier nos divergences », défend à son tour Omer Mas Capitolin, éducateur et fondateur de l’association La Maison Communautaire pour un Développement Solidaire (MCDS), lors d’un débat sur le racisme dans la police. Lui se bat contre le contrôle au faciès, en portant avec d’autres organisations, une action judiciaire contre l’Etat français. Il parle de « racisme systémique ». Ce qui n’est pas le cas pour Christophe Korell, policier et président de l’Agora des citoyens, de la police et de la justice, une association qui œuvre au dialogue police-population. Pour le fonctionnaire, « il existe des policiers racistes », mais cela ne fait pas système. 

 

Un racisme par déformation professionnelle

 

Le sociologue Jérôme Gauthier a pour sa part étudié la question raciale dans la police : le racisme – plus insidieux – s’opère « par déformation professionnelle ». Selon lui, à force d’user régulièrement de catégories raciales dans le cadre de leur métier, les policiers sont sujets à véhiculer des préjugés racistes. Lors des échanges, un jeune policier du XVIIIe arrondissement a raconté que les policiers ciblent plus régulièrement de jeunes mineurs maghrébins comme auteurs de vols à l’arraché. Pour les éducateurs présents, c’est un ciblage raciste. Ce que se défend le policier. « Avec toi, au moins, on va discuter. Mais les policiers, qui ont un comportement problématique avec les jeunes du quartier, on les connait. C’est à eux de venir à ce genre de rencontre, mais ils ne vont pas avoir envie de le faire », regrette Maral Lhallouk, une élue de quartier qui travaille chez Espoir 18. « Aujourd’hui, c’est une question de personnes », affirme Mamadou Doucoura, qui exhorte aussi l’institution policière à impulser un dialogue. « Il y a des leviers à mener par le bas, par l’expérimentation, renchérit Florilène Cornier. Il faut y aller et pas s’arrêter au premier obstacle. » 

 

Textes et photos : Aziz Oguz

Des solutions et une chaise vide

 

Invité le 12 octobre par Espoir 18 à animer le  débat de clôture dédié aux solutions, aux côtés de Mathieu Zagrosdki (chercheur associé au Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales), Marc Cheb Sun, directeur éditorial de Dailleursetdici.News, raconte : « Pour le débat, de nombreux jeunes du XVIIIe étaient là. Des parents, des éducateurs de rue. Ils ont échangé avec Ahmed Benderdouch, policier, Issa Coulibaly, président de l’association Pazapas Belleville, Fabien Bilheran, ancien policier, et Fady Daghr, chef de la police au Québec. Alors des policiers, des ex-policiers français, oui, des responsables étrangers, oui. Mais sans la Police nationale française : l’institution avait décliné l’offre de participer au séminaire, puis de débattre. “La chaise vide”, a constaté Issa Coulibaly. Tout un symbole! Et une triste réalité : la volonté de dialogue ne fait pas l’unanimité entre l’institution, des policiers motivés et des citoyens… Au final, c’est toute la société qui est perdante. »

Florian Dacheux