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Mai / 20

Elles chaussent les gants contre le sexisme

By / Florian Dacheux /

Après la pratique du football sur les city stades et celle de la course à pied à la tombée de la nuit, l’association Sine Qua Non développe des sessions de boxe pour les femmes. En se réappropriant l’espace public et le mobilier urbain, ses membres tentent d’envoyer un message fort contre les violences sexistes. Troisième épisode de notre série dédiée à la lutte contre les discriminations par le sport, au cœur du quartier de la Grange aux Belles à Paris Xe.

Elles chaussent les gants contre le sexisme

C’est à l’heure de la pause déjeuner le jeudi 12 mai dernier que vingt jeunes femmes se sont donnés rendez-vous pour chausser les gants dans un square du quai de Jemmapes en plein cœur du Xe arrondissement de la capitale. Impulsée par l’équipe du développement local du Xe, cette rencontre était chapeautée par Sine Qua Non. Née en 2018, cette association lutte contre les violences sexuelles et sexistes et pour la réappropriation de l’espace public par les femmes dans le cadre de la pratique sportive. Pour ce faire, l’association peut compter sur des marraines d’exception, à l’instar de Sarah Ourahmoune. Co-fondatrice de la Boxer Inside Academy, la vice-championne olympique et championne du monde est venue donner un cours d’initiation à la boxe sous le regard des passants du quartier de la Grange aux Belles. « Avec Sine Qua Non, on partage des valeurs communes, c’est pourquoi j’ai tout de suite accepté, confie la boxeuse. La boxe m’a beaucoup appris et l’utiliser comme un levier, forcément, ça me parle. C’est un sport qui a plein d’apports positifs ancrés. C’est aussi pour redonner confiance aux femmes, en leur disant vous avez le droit de venir, de pratiquer dehors, sans prêter attention au regard des autres. On espère que ça contribuera au changement des mentalités. »

Initiation à la boxe avec Sarah Ourahmoune, vice-championne olympique et championne du monde.

« Quel que soit l’heure, le lieu ou la tenue qu’elles portent »

Ce changement des mentalités, Mathilde Castres, la présidente fondatrice de Sine Qua Non, en a fait son combat majeur depuis qu’elle s’est mise à la course à pied. « Les sportives ont un rôle à jouer dans la conquête de l’espace public, affirme-t-elle. Avec le supplément de confiance que donne le sport, elles peuvent montrer que les femmes ont toute leur place dans les rues quel que soit l’heure, le lieu ou la tenue qu’elles portent. » A ses côtés depuis le début de l’aventure, Lucile Woodward, coache sportive et experte en nutrition, multiplie ainsi les sessions de running et de training afin de prendre possession de l’espace et de revendiquer le droit des femmes à faire du sport en legging, short et autres brassières. Certains parcours ont même la particularité d’emprunter des rues portant le nom de femmes inspirantes qui ont marqué notre histoire… « Courir où l’on veut quand on veut nous fait le plus grand bien, corrobore Leila Mahri, une bénévole désormais directrice du développement chez Sine Qua Non. Nous courons le plus souvent le soir car c’est le soir que beaucoup de femmes hésitent à le faire. » La course à pied a permis à l’association de mettre en place au fil des mois d’autres activités, à commencer par le football un mardi soir sur deux sur le terrain d’éducation physique (T.E.P.) de la Grange aux Belles. Ces sessions sont encadrées par Candice Prévost et Mélina Boetti, deux anciennes joueuses professionnelles auteures du film documentaire Little Miss Soccer sortie en 2019 à l’occasion de la Coupe du Monde féminine organisée en France. Des coaches de l’association Futebol Da Força ont également intégré ce dispositif qui permet de “mixer” au maximum ces fameux city stades souvent pris d’assaut par la gente masculine… « Plus il y a de femmes dans l’espace publique par la pratique sportive, plus ça donne de la visibilité, plus ça donne envie, ça sécurise, et plus ça boostera celles qui hésitent encore, estime Leila Mahri. Il faut arrêter de se mettre des freins. Le sport est selon nous un réel vecteur d’émancipation et la rue permet de pratiquer librement sans contrainte budgétaire ou temporelle. Et quand des hommes viennent pratiquer avec nous, on est ravi car ce sont nos meilleurs ambassadeurs. On y arrivera encore mieux si on lutte ensemble. » De quoi séduire un maximum de femmes, à l’image des lycéennes de Marie Laurencin venues le 12 mai soigner leurs crochets et autres coups droit sous les yeux de Brigitte Jakobowski, une médiatrice bien connue du quartier. « On s’est bien défoulé et on a bien transpiré, ont-elles avoué après une heure d’exercices physiques. Cette initiative est vraiment cool. Cela change des activités que l’on peut faire d’habitude. On va faire en sorte de faire passer le message car, encore aujourd’hui, des femmes se font agresser et il est temps de s’élever contre ça. On a autant le droit que les hommes de faire du sport dehors. » 

Un village olympique à la Grange aux Belles

Dans ce long combat, elles sont loin d’être seules. Depuis plusieurs mois, de nombreuses associations de la Grange aux Belles, accompagnées par l’équipe de développement local de l’arrondissement ainsi que la Direction territoriale de la Jeunesse et des Sports, agissent en synergie à travers des événements contre toutes les formes de discrimination et de violence. Lauréate de l’appel à projets Impact 2024, l’association Sine Que Non n’en finit plus de monter en puissance. Portées par leur énergie et leur conviction que les filles ont toute leur place sur le terrain, elles interviennent au total dans cinq arrondissements (X, XI, XII, XVIII et XIX) ainsi qu’en Seine-Saint-Denis. « Je ressens un vrai changement depuis quatre à cinq ans, avoue Sarah Ourahmoune. A mon époque, quand j’ai débuté la boxe en 1996, ce n’était pas autorisé pour les femmes. C’est arrivé seulement à partir de 1999. J’ai pu voir les évolutions. Avant, il n’y avait que des hommes dans les salles. Mais peu à peu, cela se démocratise. Il y a d’abord eu le film Million Dollar Baby qui a eu un vrai impact. Cela a donné beaucoup de courage aux femmes. Puis il y a eu nos médailles à Rio en 2016. En 2024, pour les Jeux de Paris, la boxe tout comme l’athlétisme et le cyclisme enregistreront pour la toute première fois une parfaite égalité entre les sexes. Je vois également des mannequins et des femmes politiques qui s’y mettent. Tout cela contribue à une vraie tendance qui fait plaisir. » Alors qu’elles développent par ailleurs la pratique du skateboard, les membres de Sine Qua Non seront présentes sur le village olympique d’été du TEP de la Grange aux Belles du 11 juillet au 19 août. Avant cela, des dizaines d’autres femmes ne manqueront pas d’enfiler leurs baskets pour participer aux nombreux événements à venir. Citons notamment les battles de breakdance organisées le 18 juin par Ngamb’art en l’honneur de l’entrée de la discipline aux JO 2024, la journée olympique du 25 juin avec Ma GAB, Come on son, Speals et Ngamb’Art, ou encore le tournoi de foot 100% féminin du 9 juillet. Autant de projets sous le coude à déployer, avec le sport pour levier.

 

Florian Dacheux

Florian Dacheux