<span class=Transphobie: Un sport-thérapie face aux discriminations">

Sep / 21

Transphobie: Un sport-thérapie face aux discriminations

By / Marc Cheb Sun /

TRANSPHOBIE

Un sport-thérapie contre les discriminations

Si les mœurs évoluent, le chemin reste long pour la question du genre et de l’identité sexuelle dans l’univers du sport. La proposition de loi 465 vise, certes, à «démocratiser le sport» mais cela reste insuffisant. Un enjeu : permettre à toutes et tous de pratiquer une activité sportive.
 Une des réalités auxquelles font face les citoyens transgenres. Mathieu Piau, est une personne trans-masculine. Ce néo-parisien de 21 ans, membre de l’association Front Runners Paris, nous explique comment le sport a représenté une porte de sortie pour sa santé mentale.

Paris au mois de juin : le soleil tape, Roland Garros a débuté. 14 h, les terrasses ont rouvert et, dans cette chaleur d’été, on oublie le temps d’un demi que le Covid existe.

Voilà Mathieu : un vrai symbole, notre rendez-vous est juste devant la station de métro Liberté. Au premier abord, il a l’air pétillant. Le sport, c’est toute sa vie et ça se voit. C’est pour cela qu’il a rejoint l’association Front Runners Paris. Mais son parcours a été long : à sa naissance, Matthieu a été assigné fille. Une identité lourde à porter : « J’ai été très mal durant mon adolescence. Ton corps évolue vers quelque chose que tu ne souhaites pas ».

Après s’être longtemps questionné sur la trans-identité, Matthieu s’est finalement défini ainsi au départ du foyer familial. « J’ai compris que j’étais une personne trans-masculine quelle que soit la définition qu’on en donne ». Un parcours de vie, étape après étape qui l’a installé dans une zone socialement plus confortable.

Son changement de prénom en témoigne : « Le fait de demander à mes proches de m’appeler Matthieu m’a apporté beaucoup de bien- être. Dans la rue, quand je vois que des personnes me genrent au masculin, ça me fait vraiment plaisir. Parce que c’est ce que je suis. Et on me l’a nié pendant très longtemps ».

Mais être une personne trans dans la société d’aujourd’hui demeure encore très délicat. D’abord, administrativement : « J’ai obtenu après 6 mois que l’État civil me reconnaisse en tant que Matthieu. En ce moment, je suis en train de demander à toutes les Institutions de respecter cette décision ». Enfin, socialement : « Il faut s’en foutre de faire changer le regard des gens. Ce n’est pas à toi d’aller expliquer ta vie à ceux qui ont des attentes normées et ne prennent pas en compte la diversité humaine. Il faut accepter le regard des vieux cons de droite : tu ne le changeras pas. Ils continueront à ne pas t’aimer et tu ne pourras rien faire pour être aimable à leurs yeux ».

Matthieu Piau durant un Trail dans les Dolomite, le 11 juin 2021.

« Le sport me permet de m’épanouir dans mon corps comme je le ressens nulle part ailleurs »

Selon l’association Objectif Respect Trans, on compterait 15 000 personnes transgenres en France. Comme Mathieu, beaucoup d’entre elles pratiquent une activité sportive.
 Lui est membre de Front Runners Paris depuis août 2020.
 Cette association, vielle de plus de 30 ans, est internationale. Destinée à la base aux coureurs homosexuels, elle a ouvert, avec le temps, ses portes à d’autres communautés. Son objectif est d’intégrer dans le milieu du sport et, plus largement dans la société, des citoyens à travers une activité sportive. 
Matthieu aime tellement le sport, qu’il envisage de travailler dans ce milieu-là. Pour ce natif de Villeurbanne, se dépenser l’a aidé psychologiquement à traverser des épreuves. « Ça m’a permis de m’épanouir dans mon corps comme je le ressens nulle part ailleurs. Dans la vie, mon corps est trop contrôlé. Quand je fais du sport, je suis juste une personne qui court ». Si le rôle du sport est reconnu pour ses bienfaits -physique et mental-, il peut également être un fervent défenseur du vivre-ensemble. Matthieu le confirme : « Au sein de l’association, nous avons tous des idées politiques différentes. Pour autant, ça nous permet d’avoir des liens sociaux qui sont normaux. Dans notre rapport au monde, soit on nous fétichise sexuellement, soit on nous excluent ». Il poursuit : « Le fait de rencontrer des gens dans le cadre sportif, avec une pratique commune, permet de sacraliser ce qu’on fait ensemble et de ne pas juger le corps de l’autre. Je trouve ça hyper précieux ».

Aujourd’hui en France, changer d’État civil reste un combat long et périlleux. Il demeure une réelle incompréhension au niveau institutionnel quant à la complexité de ces citoyens.
 Dans une société plus conservatrice qu’elle ne veut l’avouer, les personnes transgenres sont stigmatisées au quotidien. Selon une étude de métronews, 85 % des personnes transgenres ont déjà souffert de transphobie.

 

Texte : Amir Boulal

Illustration : Hervé Pinel

 

 

 

Soirée D’ailleurs et d’ici le 14 octobre à 19 heures 

Sport et discriminations
Vers l’inclusion de toutes et tous ?


Une soirée dans le cadre de la semaine parisienne de lutte contre les discriminations en partenariat avec  Bachibouzouk Productions et les équipes de développement de Paris Xème.

À la médiathèque Françoise Sagan, 8 rue Léon Schwartzenberg, 75010 Paris.
Entrée gratuite sur inscription par mail à ddct-repare@paris.fr

 

Projection de 5 épisodes de 10 minutes de la série Ex æquo, en présence du réalisateur Jean-Charles Mbotti Malolo
Une rencontre animée par Marc Cheb Sun

 

Découvrez des femmes et des hommes en lutte, sportifs et sportives de haut niveau, contre la société, contre leur destin, contre la bêtise, contre elles et eux-mêmes parfois. Ils et elles transforment les obstacles placés sur leur route en leviers pour déjouer les discriminations. Des personnes inspirantes… Des rencontres à partager.

 

Marc Cheb Sun