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Sep / 09

ESCLAVAGISME : LA PLUME POUR TÉMOIGNER

By / akim /

ESCLAVAGISME : LA PLUME POUR TÉMOIGNER

Souria Adèle est née en Algérie de parents martiniquais. Quand elle se lance dans la comédie, la jeune femme est terriblement déçue par la médiocrité des rares rôles qu’on lui offre. Puisqu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, elle décide de prendre la plume. Résultat : un premier spectacle, seule en scène, Marie-Thérèse Barnabé, Négresse de France. Avec ce personnage haut en couleur, Souria Adèle témoigne, non sans humour, de la vie d’une femme noire en France, des années 60 à nos jours. En prenant soin de délivrer une critique acerbe et drôle des rôles stéréotypés proposés aux comédiennes noires. Plus tard, Souria découvre un ouvrage rarissime : The history of Mary Prince, autobiographie d’une esclave des Bermudes, premier récit sur cette condition, écrit par une femme, paru en Grande-Bretagne en 1831. La comédienne décide d’adapter ce texte unique au théâtre pour mettre en lumière les souffrances, résiliences et résistances de ces femmes et hommes réduits en esclavage. « Cette lecture m’a bouleversée. C’est le premier témoignage d’esclave que je lisais. J’ai compris à quel point les fictions sur ce sujet étaient souvent édulcorées ou fantasmées. En réalité, personne n’a idée de ce qu’est l’esclavage. D’autant que, dans le monde francophone, on ne dispose d’aucune parole de cette qualité, hormis des notes de procès ! » En effet, si les protestants du monde anglophone apprenaient aux esclaves à lire la Bible (leur donnant, de fait, accès à la lecture), ce n’était pas admis chez nous. « Si la France a autant de mal à intégrer l’esclavage dans son récit national, c’est aussi parce que nous manquons de tels témoignages. C’est une ineptie de vouloir lutter contre le racisme sans parler de ce crime puisque la racialisation naît, justement, à cette époque. Mary Prince parle pour toutes les Mary Prince guadeloupéennes, martiniquaises, réunionnaises dont on n’a pas les récits. C’est très important pour les adolescents de découvrir cette histoire écrite à la première personne, qui prend aux tripes et humanise les victimes de l’esclavage. La Caraïbe y gagne alors une autre profondeur. »

akim