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Oct / 08

Noir entre peinture et histoire

By / akim /

Musée ébène

C’est un beau, beau «beau livre». Noir entre peinture et histoire cerne un vrai sujet plutôt inexploré en France, interrogeant le regard de peintres blancs européens (le livre s’arrête aux années 40) sur les corps et visages noirs, leur présence -ou absence- sociale. Le livre explore ce regard allant du fantasme à la réalité en passant par la -forcément subjective- vision artistique. Naïl Ver-Ndoye (notamment professeur d’histoire) et Grégoire Fauconnier signent un livre-promenade au fil de thématiques fortes, sans suivre de chronologie.

«J’ai 36 ans, raconte Naïl Ver-Ndoye, et suis aussi de cette génération Instagram où l’on est happé par une image. J’ai pensé à mes élèves en concevant le livre, à la manière de les accrocher. Comment une image pouvait créer une question (que raconte-t-elle ?) une curiosité sur l’époque, les rôles sociaux, les personnages. Comment avoir des infos sur cette peinture en quelques minutes tout en donnant la possibilité d’aller plus loin ?»

Noir entre peinture et histoire remplie cette mission à merveille. Très bien écrit et pensé, le projet nous emmène -que l’on soit très axé peinture ou pas. Un vrai challenge !

«Nous avons recensé 3000 œuvres pour faire notre choix des 50 peintures présentées à partir de 10 thèmes». 10 thèmes oui, en colonne vertébrale de l’ouvrage.

L’esclavage y est évidemment traité mais parmi d’autres thématiques : «Je n’avais pas envie de réduire de l’histoire des Noirs à l’esclavage et j’ai été heureux de voir que la peinture ne se limitait pas à cette représentation. La personnalité noire est présente dans les sociétés européennes depuis très longtemps, et pas seulement sous ce prisme. On trouve des personnages au début de la renaissance, au XIVème  siècle.»

Parmi les autres thèmes : la domesticité (notamment très présente chez les peintres orientalistes), le nègre de cour  («Il était bien vu d’avoir un petit enfant noir, cela montrait qu’on était d’une certaine noblesse») ou les figures politiques. Dont celle de Jean-Baptiste Belley, premier député noir, présent en 1792 lors du discours sur l’abolition de l’esclavage : son célèbre portrait ultra sexualisé permet de saisir (et d’un seul coup d’œil) le cliché sur la virilité des Noirs. Mais aussi des héros de la révolution française ou Menelik, empereur d’Ethiopie : «Les traits de son visage sont intéressants à observer car, le plus souvent, on appuyait sur ce qu’on appelle les traits négroïdes. Menelik, c’est l’Éthiopie et cela montre la diversité africaine. La diversité contredit les stéréotypes».

La thématique du corps est superbement traitée dans un chapitre consacré.

Un corps diabolique ? interroge le texte.

«La peinture qui me touche le plus, c’est celle de ce moment qui précède un viol.» Saisissante en effet, Scène de mœurs ou Le rapt de la négresse (1632, du peintre hollandais Christiaen van Couwenbergh) est pour l’ouvrage illustrée d’une citation de Kery James : Que la mort m’étreigne, que la mort me prenne, j’ai vécu dans l’ombre de ma douleur ébène.

«Pourquoi le peintre a-t-il osé représenter cela ? Est-ce c’est parce que c’est une femme noire ? Je n’ai pas la réponse mais c’est une interrogation.»

Autre fil rouge des auteurs  : montrer des Noirs dans la société, juste dans la société, pas dans des rôles particuliers. On se promène tout autant dans les représentations du quotidien que dans  celles de destins particuliers.

Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier évoquent également l’influence des arts africains sur les peintres européens, les africanistes belges (équivalents de nos orientalistes), les représentations religieuses (d’une épouse de Moïse au Bilal de l’islam en passant par l’abbé Moussa).

Enfin le chapitre Un peintre esclave nous raconte Juan de Pareja, serviteur, assistant ou esclave de Velazquez. Peintre lui-même, en tous cas.

Des histoires, des parcours… «Et il y a dans ces récits de vies des histoires incroyables, rocambolesques : un Sénégalais qui fait le commerce triangulaire à l’envers, depuis sa condition d’esclave. Des histoires dont il faudrait se saisir.»

Sublime «musée imaginaire», ce livre nécessaire apporte un regard inédit que nos yeux caressent tout en interpellant nos représentations humaines et nos visions de l’histoire. Double réussite !

Marc Cheb Sun

C’est un beau, beau «beau livre». Noir entre peinture et histoire cerne un vrai sujet plutôt inexploré en France, interrogeant le regard de peintres blancs européens (le livre s’arrête aux années 40) sur les corps et visages noirs, leur présence -ou absence- sociale. Le livre explore ce regard allant du fantasme à la réalité en passant par la -forcément subjective- vision artistique. Naïl Ver-Ndoye (notamment professeur d’histoire) et Grégoire Fauconnier signent un livre-promenade au fil de thématiques fortes, sans suivre de chronologie.

«J’ai 36 ans, raconte Naïl Ver-Ndoye, et suis aussi de cette génération Instagram où l’on est happé par une image. J’ai pensé à mes élèves en concevant le livre, à la manière de les accrocher. Comment une image pouvait créer une question (que raconte-t-elle ?) une curiosité sur l’époque, les rôles sociaux, les personnages. Comment avoir des infos sur cette peinture en quelques minutes tout en donnant la possibilité d’aller plus loin ?»

Noir entre peinture et histoire remplie cette mission à merveille. Très bien écrit et pensé, le projet nous emmène -que l’on soit très axé peinture ou pas. Un vrai challenge !

«Nous avons recensé 3000 œuvres pour faire notre choix des 50 peintures présentées à partir de 10 thèmes». 10 thèmes oui, en colonne vertébrale de l’ouvrage.

L’esclavage y est évidemment traité mais parmi d’autres thématiques : «Je n’avais pas envie de réduire de l’histoire des Noirs à l’esclavage et j’ai été heureux de voir que la peinture ne se limitait pas à cette représentation. La personnalité noire est présente dans les sociétés européennes depuis très longtemps, et pas seulement sous ce prisme. On trouve des personnages au début de la renaissance, au XIVème  siècle.»

Parmi les autres thèmes : la domesticité (notamment très présente chez les peintres orientalistes), le nègre de cour  («Il était bien vu d’avoir un petit enfant noir, cela montrait qu’on était d’une certaine noblesse») ou les figures politiques. Dont celle de Jean-Baptiste Belley, premier député noir, présent en 1792 lors du discours sur l’abolition de l’esclavage : son célèbre portrait ultra sexualisé permet de saisir (et d’un seul coup d’œil) le cliché sur la virilité des Noirs. Mais aussi des héros de la révolution française ou Menelik, empereur d’Ethiopie : «Les traits de son visage sont intéressants à observer car, le plus souvent, on appuyait sur ce qu’on appelle les traits négroïdes. Menelik, c’est l’Éthiopie et cela montre la diversité africaine. La diversité contredit les stéréotypes».

La thématique du corps est superbement traitée dans un chapitre consacré.

Un corps diabolique ? interroge le texte.

«La peinture qui me touche le plus, c’est celle de ce moment qui précède un viol.» Saisissante en effet, Scène de mœurs ou Le rapt de la négresse (1632, du peintre hollandais Christiaen van Couwenbergh) est pour l’ouvrage illustrée d’une citation de Kery James : Que la mort m’étreigne, que la mort me prenne, j’ai vécu dans l’ombre de ma douleur ébène.

«Pourquoi le peintre a-t-il osé représenter cela ? Est-ce c’est parce que c’est une femme noire ? Je n’ai pas la réponse mais c’est une interrogation.»

Autre fil rouge des auteurs  : montrer des Noirs dans la société, juste dans la société, pas dans des rôles particuliers. On se promène tout autant dans les représentations du quotidien que dans  celles de destins particuliers.

Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier évoquent également l’influence des arts africains sur les peintres européens, les africanistes belges (équivalents de nos orientalistes), les représentations religieuses (d’une épouse de Moïse au Bilal de l’islam en passant par l’abbé Moussa).

Enfin le chapitre Un peintre esclave nous raconte Juan de Pareja, serviteur, assistant ou esclave de Velazquez. Peintre lui-même, en tous cas.

Des histoires, des parcours… «Et il y a dans ces récits de vies des histoires incroyables, rocambolesques : un Sénégalais qui fait le commerce triangulaire à l’envers, depuis sa condition d’esclave. Des histoires dont il faudrait se saisir.»

Sublime «musée imaginaire», ce livre nécessaire apporte un regard inédit que nos yeux caressent tout en interpellant nos représentations humaines et nos visions de l’histoire. Double réussite !

Marc Cheb Sun

Noir entre peinture et histoire

Editions Omniscience

www.omniscience.fr

240 pages, 35 euros.

Le bon plan : -5% sur le prix de vente http://bit.ly/noir-le-livre

 
akim