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Mai / 05

Vietnam : un récit politique passionnant en bande dessinée

By / akim /

Vietnam : un récit politique passionnant en bande dessinée

Invasion américaine, colonisation française, exil massif… Pour narrer les tourments du Vietnam du 20ème siècle, la trilogie Chinh Tri – qui vient de sortir son dernier opus Lady Ace, sur la chute de Saïgon – nous offre une incroyable plongée sensuelle et politique au travers de personnages complexes pris dans les remous de l’Histoire.

Mars 1975, en pleine guerre du Vietnam. «Regarde, dans les pays de l’Ouest, les jeunes défilent en scandant : Ho Ho Ho, Ho Chi Minh ! En France, ils s’en donnent à cœur joie… –  Ah, mais n’est-ce pas un peu hypocrite, après avoir colonisé le terrain pendant 100 ans ?». Entre fiction et histoire, la série Chinh Tri – qui met en lumière le destin tragique d’un Vietnam en quête d’indépendance – sort son troisième et dernier tome, Lady Ace *. 

Ce récit passionnant retrace, via le parcours d’une jeune femme de Saïgon, un épisode dramatique et méconnu de cette « sale guerre » : la chute de la ville et l’évacuation chaotique des troupes américaines. L’héroïne, en couple avec un soldat américain, fera alors partie des quelques 6000 Vietnamiens évacués par l’US Army. 

Boat People

 

«Ces réfugiés, couplés aux boat people, ainsi qu’à ceux partis depuis les années 40, vont former une diaspora de millions d’exilés implantée partout dans le monde», comme le rappellent Clément Baloup et Mathieu Jiro, les auteurs de cette trilogie qui démarre dès l’Indochine française, sur fond d’amitié entre Haï, père naturel de Lady Ace, et Tuan, son père d’adoption. Infiltrés, à Paris, dans les premiers mouvements indépendantistes «indigènes», les deux amis qui risquent leurs vies au nom de leur idéal de liberté, vont très vite être séparés par l’Histoire. Pris dans la tourmente de la guerre d’Indochine, le premier deviendra un leader trotskyste à Saïgon, tandis que le second «choisira» de servir les colons français, puis plus tard, les intérêts américains.

«Vous ne trouvez pas ça paradoxal que la France, qui a lutté pour sa liberté contre l’envahisseur allemand, envoie des troupes pour occuper et soumettre d’autres peuples ? – Mais qu’est-ce que tu me chantes là ? La France elle fait ça pour leur bien, aux indigènes !»

La réalité de la violence coloniale

 

En décryptant les relations d’oppression complexes et paradoxales qui unissent la Métropole et sa colonie d’Indochine – puis, celles du sud Vietnam occupé avec son envahisseur américain -, la trilogie analyse avec brio les inévitables contradictions et conflits internes de personnages plongés malgré eux dans trente ans de guerre ayant meurtri leur peuple. 

De quoi inviter le lecteur à s’interroger sur la réalité de la violence coloniale et impérialiste, mais aussi, sur la capacité de résilience de l’être humain face aux traumatismes et injustices de l’Histoire. En particulier, celle dont fait preuve la minorité vietnamienne de France, «communauté coupée de son sol, mais pas de ses racines». 

 

Charles Cohen

*Chinh Tri, Volume 3 Lady Ace, éditions la Boite à Bulles (2019)

Categories : Histoire et mémoire
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