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Jan / 10

Un premier roman épique et introspectif

By / Marc Cheb Sun /

 Premier roman

 

 

 

 Walid Hajar Rachedi nous emporte dans un récit épique et introspectif

 

 

 

C’est un texte puissant, l’histoire d’une quête intérieure qui traverse les frontières humaines et géopolitiques. Le premier roman de Walid Hajar Rachedi nous emporte dans un tourbillon envoutant, une sorte de thriller des âmes dont la fin vous mettra K.O… On n’en dira pas plus, laissez-vous porter, go !

Rencontre avec l’auteur.

C’est un livre nomade qui voyage entre Kaboul, Tanger, Le Caire, Londres, Oran, Grenade… Cela ressemble un peu à votre vie, à votre parcours, et au média que vous avez créé..

Ce n’est pas un récit autobiographique, mais je me retrouve dans le personnage de Malek qui a grandi en banlieue parisienne et s’ouvre au monde par le voyage. J’ai vécu sept ans aux Etats-Unis et en Amérique Latine, notamment au Brésil avec lequel je garde des liens forts. J’y ai puisé mon inspiration pour co-fonder Frictions qui raconte le monde par l’intime à travers la voix d’auteurs et de journalistes du monde entier. Ces voix donnent corps à une conversation mondiale, des thèmes communs au prisme de vision divergentes, une idée qu’on retrouve aussi dans ce roman.

 

Le titre (Qu’est-ce que j’irais faire au paradis?) est extrait d’un dialogue sans la partie contextuelle présente dans le texte (“si tu n’y es pas”)… Un raccourci qui donne d’autant plus d’ampleur à la question posée…

Oui, ce sont les mots de Kathleen, la jeune Londonienne dont Malek tombe amoureux. Elle illustre sa divergence de point de vue avec ce jeune homme très ancré dans sa foi. Ce fut d’ailleurs à un moment le titre du roman. Mais à la réflexion, je voulais un titre intrigant, qui pose une question. Paris. Kaboul. Grenade. Oran. Le Caire. C’est la même histoire que Malek se raconte et s’entend raconter, celle d’un ailleurs fantasmé qui n’existe plus ou n’a peut-être jamais existé, d’une nostalgie. Un Paradis.

L’idée du titre m’est aussi venue de réflexions quand, enfant unique, j’étais à la fois fasciné et terrifié par un endroit dont la quiétude infinie ressemblerait à mes mornes mercredi. Je posais beaucoup de questions à ma mère sur les critères pour y entrer, et je m’inquiétais que ma maîtresse d’école, un copain de classe ou Martin Luther King n’y soient pas admis. “Les pauvres, ils ne sont pas musulmans”. (Rires).

 

On a parlé des voyages, mais ce roman nous entraîne par dessus tout tout dans un voyage intérieur. C’est un roman sur le sens. le sens de la vie, celui de la mort, le sens du destin, ce que l’on met dans ce mot, le sens de la foi, celui de la spiritualité y compris celle qui ne passe pas par la religion, le sens de l’amour…

C’est une quête existentielle. Une quête très prononcée chez Malek, marquée par une fêlure. C’est aussi le cas d’Atiq, le jeune Afghan en exil, à la recherche de son frère jumeau et de Kathleen, dont le père a disparu à son retour d’Afghanistan. Confrontés à des événements tragiques, chacun à sa manière, avec sa sensibilité, ses croyances, son entourage, va chercher à trouver des réponses, à retrouver un récit de lui-même et du monde. Au cours de l’écriture, la réalité a dépassé la fiction : j’ai moi-même été confronté à ces questions, et j’ai cru, à un moment, que je n’arriverais jamais à terminer ce roman. Quand tout s’effondre, quand l’Absurde vous regarde droit dans les yeux, c’est d’abord à la recherche de soi-même qu’on part.

” Madrid – Séville – Grenade – Tarifa – Tanger – Casablanca – Oran (…)

Je me sentais fier que ces endroits ne soient plus de simples noms sur une carte, fier d’avoir touché du doigt les palais comme les masures de tôle défoncée, fier que les langues de ces peuples aient résonné à mes oreilles, que je puisse désormais différencier leurs traits, me souvenir d’un visage dans chacune de ces villes, que leurs lumières comme leurs ombres aient traversé mes yeux. “

Pour autant, nous ne sommes pas dans un traité métaphysique : votre univers, votre narration proposent de multiples rebondissements… On est dans un romanesque et ça nous emporte… même si des thèmes “d’actualité” (les Talibans, le terrorisme…) y sont très présents…

Emporter, c’est le mot. Bien sûr, dans le roman, il y a un propos fort – peut-être même dérangeant, parfois – sur les origines géopolitiques de la vague d’attentats islamistes qui nous a frappé de plein fouet en Europe depuis quinze ans. Et c’est à ce titre qu’une large place est consacrée à l’Afghanistan – un pays rendu chaotique par les ingérences étrangères successives tout au long de son histoire.

Mais pour moi un roman, c’est une œuvre d’imagination qui doit raconter une histoire, avec une intrigue qui donne une envie irrépressible de savoir ce qui se passe ensuite. Il faut que ce soit romanesque, au sens premier du terme : l’extraordinaire de nos vies.

 

On ne dira rien sur la fin, si ce n’est qu’elle nous subjugue. Est-ce qu’elle était pour vous une évidence, ou d’autres conclusions (ne nous dites pas lesquelles…) ont-elles été envisagées?

La fin était figée dès le début du roman, comme les lignes sur les paumes de nos mains, dirait Malek. En revanche, j’ai exploré beaucoup de variations sur l’issue des différents personnages avant de trouver la fin qui sonnait juste. Ce fut extrêmement difficile, presque cruel pour des raisons à la fois romanesques, mais aussi, personnelles. C’est peut-être ce qui donne à cette fin tant de force.

 

Recueilli par Marc Cheb Sun

 

Qu’est-ce que j’irais faire au paradis? Editions Emmanuelle Collas.

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