Racisme, homophobie- Minorités: vers un front commun

Juin / 03

Racisme, homophobie- Minorités: vers un front commun

By / Rejane Ereau /

Exclure quand on est soi-même exclu ? Etrange, mais avéré. Alors comment créer davantage de solidarités entre les populations discriminées, notamment face au racisme et à l’homophobie ? Retour sur la rencontre organisée par D’ailleurs et D’ici le 7 décembre 2019 au Barbès Comedy Club. Par Réjane d’Espirac.

Racisme, homophobie- Minorités: vers un front commun

Disons qu’il s’appelle Zyad. Zyad habite une cité dont l’identité glorifie la testostérone, le verbe haut et le ballon rond. Zyad a 21 ans, et la rage de témoigner : oui, il est « beatmaker, noir, musulman » – croyant, pratiquant même, « à ma manière. Déjà pas l’idéal en France pour démarrer du bon pied ! » plaisante-t-il. Mais « en plus » (et non en moins), comme il aime à ajouter, ben voilà, il est « gay ». Enfin, « ni gai ni triste », tant il ne se reconnaît pas dans ce milieu qui l’a rejeté « tout autant que les autres ».
« Combien de fois, quand je tentais d’entrer dans un club gay, j’ai entendu le videur me dire : « On veut pas de racaille ! », ou un mec dans la boîte : « Tu prends combien ? » Sans parler du classique : « Mais t’es pas musulman au moins ? » » Alors que faire si « sexuellement, amoureusement », son truc c’est les mecs ? « J’ai essayé de changer mais ça n’a pas marché. Et puis pourquoi changer ? Les hétéros, eux, ils n’essaient pas ! »
Quand Zyad en a parlé autour de lui, d’abord, on ne l’a pas cru : il n’aurait pas une « tête de pédé ». Mais c’est quoi, une tête de pédé ? Zyad, il a cherché, mais il n’a pas trouvé. Après, ce fut « la misère  », le désaveu familial, le passage durant deux années par la case SDF. Jusqu’à ce que sa sœur, puis sa mère, son frère, et enfin son père adoucissent leur point de vue.
« On te laisse tranquille à condition que tu ne dises pas que t’es musulman », lui ont asséné plusieurs coreligionnaires. « Ça ne peut pas le faire. À un moment, il faut choisir. » – Ah bon ? Au nom de quelle vérité, quelle identité assignée ? « L’un d’eux m’a sorti : « Quand on est vegan, on devient pas charcutier. » – Véridique ! » Choisir entre cette part de soi ou une autre ? Zyad est beatmaker et bosse avec plusieurs rappeurs. « Dans le hip-hop, on m’a dit : « Démerde-toi pour que ça ne se sache pas !« » Mais Zyad a tenu tête, quitte à « se casser de cette ville » où il n’a « plus rien à faire » pour aller vers une nouvelle vie, « là où ça ne sera pas négociable ». 

 

Les identités complexes bousculent

Humoriste, la comédienne Shirley Souagnon connaît bien ces obstacles : elle est une femme, noire, lesbienne, convertie à l’islam à l’âge de seize ans. Elle aussi, elle a tout entendu : « Être homo, ce n’est vraiment pas le bon choix ! », ou encore : « Les dreadlocks, pour trouver du travail, ça va pas le faire ! » Et puis : « Quand on est noir, faut se battre plus que les autres ! » Les identités complexes bousculent. – Mais t’es quoi, d’abord ? : noire ou lesbienne ? gay ou musulman ? asiatique ou transgenre ? queer ou banlieusarde ?

Le poids de la normativité n’est pas une nouveauté. Chaque société considère comme légitimes (pour accéder à l’emploi, au logement…) les personnes appartenant à son groupe majoritaire. En France, on ne vous refusera pas un appartement parce que vous êtes blanc, hétéro et valide. Et même au sein des minorités, la catégorisation règne : chez les Juifs, fait-il bon être noir ? chez les homos, est-il facile d’être arabe ? Souffrir de discriminations n’empêche pas d’en faire subir. Quelle est donc cette part de nous qui a besoin de rabaisser, d’opprimer l’autre, aussi sévèrement que nous pouvons l’être nous-mêmes ?

Bien sûr, il existe des violences systémiques, qu’il faut identifier et combattre. Mais si nous acceptions aussi de nous interroger sur notre propre capacité à reconnaître à chacun le droit de se définir dans sa complexité, dans la richesse de qui il ou elle est ? le droit de vivre comme il ou elle l’entend ?

Hostilités

Le raciste et l’excluant, ce n’est donc pas toujours l’autre. Sans tomber dans les discours réducteurs sur « l’enfer gay en banlieue » dont raffolent certains médias, les hostilités entre minorités méritent d’être abordées.

Au Refuge, une association qui accueille et héberge des 18-25 ans chassés du domicile familial en raison de leur sexualité ou de leur identité de genre, ces jeunes sont de toutes origines, confessions et classes sociales. C’est ce que nous confirme Olivier Rouchon, délégué départemental de l’antenne d’Île-de-France.

Notre invitée également, Hanan Ben Rhouma, rédactrice en chef de Saphir News, est venue apporter son soutien au nom de la diversité de la communauté musulmane qui inclut les homos musulmans.
D’après une enquête réalisée par l’IFOP cette même année 2019, 63 % de la communauté musulmane rejetterait l’homosexualité, contre 20 % des catholiques pratiquants et 10 % des athées. En regard, le vote d’extrême droite ne cesserait de croître au sein de la communauté LGBT. Lors des élections régionales de 2015, 32,45 % des couples homos mariés ont voté FN, contre 29,98 % des couples hétérosexuels. « Ces chiffres sont à manier avec précaution car les données géographiques, socio-économiques et de niveau d’études n’ont pas été prises en compte », commente Johanna Barasz, ex-déléguée adjointe de la Dilcrah. « Néanmoins, les écarts sont tels qu’ils doivent nous interroger. Quand il s’agit de se haïr, tous les groupes sont concernés. »

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Ce reportage, dans son intégralité, est publié dans notre livre 100% inclusif, coordonné par Florian Dacheux, préfacé par Lilian Thuram, en librairie et sur toutes les plateformes en ligne.