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Juin / 28

Un podcast poétique décolonial

By / Marc Cheb Sun /

Un podcast poétique décolonial

En quelques années, le podcast est devenu un type de média à part entière, un genre de contenu que l’on consomme en tranche, selon ses goûts, en fonction de l’humeur et des centres d’intérêts. Des mots suspendus, celui de Jonathan Nguyen, franco-vietnamien de 35 ans vivant à Bruxelles, se veut littéraire et poétique. Il fête ses 1 an avec à son actif plus de 15 épisodes abordant notamment les thèmes des identités hybrides, de l’exil ou le racisme. Accessible depuis les plateformes digitales classiques (Spotify, Deezer, Apple…), ces créations originales et apaisantes vous invitent à la réflexion et au voyage intérieur. Son auteur nous livre les coulisses de sa genèse…

"Je cherche à ouvrir une porte sur l’intérieur, les intimités dont on parle peu et à contribuer à ce que les gens se comprennent."

 

Comment tout cela a-t-il démarré ?

Je suis passionné de littérature et d’écriture depuis longtemps, j’ai étudié les lettres et par la suite, j’ai été amené à travailler plutôt dans le domaine des affaires publiques européennes. Au moment du confinement, le contexte a relancé mon envie de partager et de m’exprimer. Mon travail m’amène régulièrement à voyager, mon vécu familial symbolise également l’altérité, la rencontre de deux cultures, par conséquent j’ai eu du mal à me sentir ancré par rapport à cela. Pendant le covid, mon père était bloqué au Vietnam, ma sœur vit au fin fond du Canada, j’ai donc eu besoin de m’évader. L’idée d’origine était plutôt un projet familial pour créer du lien entre nous, et rapidement c’est vite devenu quelque chose de plus large qui permet un voyage intérieur. Cela m’a permis de me reconnecter à l’écriture.

 

Et pourquoi avoir choisi le podcast ?

On m’a parfois dit que ma voix était radiophonique et apaisante, cela a dû créer un premier déclic pour moi qui n’en aimait pas le son. Par ailleurs, cela me semblait être un bon moyen d’assurer l’accessibilité du contenu. Un livre pose la question du coût d’édition, du circuit de distribution et c’est un projet plus compliqué. Je voulais être maître du contenu et diffuser très largement. Il suffit d’avoir un site d’hébergement. Je pense également que la dimension orale est très importante dans ce que je voulais transmettre. La force de l’évocation et l’audition va au-delà de ce qu’on transmet par des mots écrits. Cela envoie une forme d’énergie propre à l’oralité. De nombreuses cultures ont développé des formes d’expressions orales.

 

Quel est votre rapport au Vietnam ?

J’ai découvert le pays de mon père assez tard parce que dans ma famille on ne partageait pas spécialement l’histoire. On a grandi à la française, je suis issu d’un mariage mixte à une époque où ça n’était pas tendance. Par ailleurs, mon rapport à mon père a pu être compliqué donc, j’y suis allé pour la première fois en 2012 et puis j’y suis retourné à deux reprises. Du coup j’ai abordé ce thème lors d’un épisode où j’ai tenté de me mettre à la place de mon père pour imaginer son parcours de migration ? Ça a participé au processus de pacification de mon propre rapport à mes origines.

 

Comment choisissez-vous les thèmes ?

Parfois les performances publiques drainent des thématiques qui nous font sortir de notre zone de confort. Sinon cela part souvent de l’expérience personnelle. Le fait de se livrer résonne avec ceux qui vivent la même expérience. Quant aux autres, cela leur permet de comprendre un type de vécu et de développer les formes d’empathie. L’idée n’est pas de renforcer les polarités, ce qui est le risque dans l’activisme, pourtant nécessaire. Ma volonté est de créer des ponts plutôt que de dresser des barrières entre les gens. Quand j’aborde les questions de migration, notamment dans le texte Jaune mon éveil, je veux dire qu’il y a des traumas à régler, des vérités à dire, mais en même temps on doit faire chemin ensemble plutôt que de rester cloîtrés dans un camp. Je suis d’ailleurs étonné de la violence qu’on peut trouver sur les réseaux sociaux avec laquelle je suis en porte à faux. Ma démarche s’inscrit donc à l’opposé de tout ça, je cherche à ouvrir une porte sur l’intérieur, les intimités dont on parle peu et à contribuer à ce que les gens se comprennent.

 

La démarche peut-être elle qualifiée de slam ?

Au fur et à mesure des épisodes, je me suis inspiré de la technique du Kasala qui consiste en la célébration sous forme d’emphase, on pourrait la qualifier d’empowerment. C’est une technique d’expression orale d’Afrique sub-saharienne popularisée par Jean Kabuta, un auteur belge d’origine congolaise, vivant au Canada. L’épisode le Kasala du danseur de feu, s’inspire très littéralement de cette pratique, mais de nombreux autres épisodes en sont imprégnés. Il m’arrive de faire des lectures live, des ateliers pour des demandeurs d’asiles. Ça permet à ce type de personnes de faire sortir les frustrations et de valoriser leur vécu. La démarche va plus loin que les mots, la littérature. Il m’arrive d’écrire des épisodes dans le cadre d’événements publics du type scènes ouvertes, ce n’est plus exclusivement ma démarche privée. En revanche, je privilégie les formes de partage ou de performances plus intimistes, ce n’est pas du slam, c’est plus poétique et personnel.

 

Propos recueillis par Bilguissa Diallo

 

Infos pratiques :

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Marc Cheb Sun