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Juil / 08

Marseille : une cité prend la plume et le clavier

By / Marc Cheb Sun /

A Marseille, une cité prend la plume et le clavier

Le concours d’écriture à la cité du Plan d’Aou est né de la rencontre entre l’équipe de la Médiathèque Salim Hatubou et celle du Café des femmes du Plan d’Aou, en partenariat avec D’ailleurs et d’ici, membre du jury et conseiller en écriture. Avec un même constat… D’une part, des habitants ayant une envie de raconter des histoires de leur quartier. D’autre part, une volonté des femmes du Café des femmes souhaitant transmettre à l’oral leur histoire. Dans ce cadre, deux ateliers ont été proposés au sein du Café des femmes pour accompagner l’écriture des textes. La restitution et la remise des prix se sont organisées le samedi 11 juin dans le cadre de la fête de la médiathèque, un moment riche en émotion qui a permis à tous les participants de livrer une partie de leur histoire. 

1er prix : Donne à la difficulté ton attention, elle te donnera ses plus belles leçons ! Karima El Amri 

” J’ai 31 ans je suis maman de 2 enfants, je suis passionnée d’éducation, du cerveau humain, du développement personnel. Je suis animatrice en discipline positive. J’ai eu l’opportunité de participer au concours de manière inattendu en échangeant avec la bibliothécaire qui organisait un atelier pour mon fils à la médiathèque. J’avais besoin de parler de certains sujets qui me tiennent à cœur et ce concours était l’occasion idéale pour mettre en avant le fait que derrière chaque difficulté il y a énormément d’opportunités qui se présentent à nous, encore faut-il en être conscient ?”

2ème prix : Les mômes du plan d’Aou ! Keko 

3ème prix : La Cité d’Or ! Dany Saïd

4ème prix : A Catherine de la Maison Pour Tous du Plan d’Aou ! Rachida Thighilt

Donne à la difficulté ton attention, elle te donnera ses plus belles leçons !

 

 

Le passé c’est comme le corps humain, plus vous essayez de le faire taire, plus il redouble d’efforts pour vous rappeler à l’ordre.

Mon histoire avec le quartier du Plan d’Aou commence à Marrakech, dans un quartier populaire où j’ai vécu de longues années et que j’avais envie de fuir. Je vivais dans un état de ras le bol de la mentalité, de l’incivisme qui y règnait et de cette étiquette de « femme issue d’un quartier défavorisé du tiers monde ».

 

Quelques années plus tard, la vie m’a réservée un beau cadeau. Je quitte enfin cet endroit pour m’installer en France, un pays riche, développé, civilisé. Ironie du sort, j’atterris encore une fois dans un quartier défavorisé où cette fameuse étiquette m’attend à bras ouvert, au sein même de cette belle France que j’ai tant idéalisée.

Mais cette velléité de rompre le lien avec mon passé s’estompe peu à peu. J’ai appris que derrière cette façade de misère du Plan d’Aou se cache tant de bonté, tel un diamant brut qu’il faut tailler pour en apercevoir l’éclat.

Derrière ce jeune homme masqué, et assis sur une chaise en plein milieu du trottoir, se cache un être -comme tout un chacun- qui cherche à appartenir à son entourage. Derrière ces cris « d’Ara » se déguise un appel de détresse : « Je suis perdu, quelqu’un peut-il me tendre la main et m’aider à trouver mon chemin ? ».

 

Derrière ces visages de la diversité, on voit des femmes et des hommes capables de faire preuve d’abnégation et de se donner corps et âme pour venir en l’aide à un cousin, un voisin ou un quelconque prochain.

Les rires des femmes à l’aire de jeux camouflent une profonde crainte quant au devenir de leurs enfants. Quelle main leur sera tendue ? Celle d’un dealer ou celle d’un bien-faiseur ?

 

Ce sac à dos, ou dois-je dire ce lourd fardeau, rempli de préjugés que je subis et que je fais subir inconsciemment, me tire vers le bas comme pour me dire : Assieds-toi et savoure. Savoure ce Plan d’Aou qui t’intrigue aussi bien par la splendeur de ses paysages comme par la fragilité de sa construction sociale. Regarde ces hommes qui se chamaillent à cause de Mbappé qui a raté son tir au but, mais qui partagent le plaisir de manger des grillades au feu de bois, sur le parking, une heure plus tard. Observe la joie de ces mômes en train de courir dans tous les sens à la médiathèque pour trouver le dernier QR code de la chasse au trésor, et ensuite aller fièrement récupérer leur bonbon auprès de la gentille dame de l’accueil.

Quel parent des « quartiers riches » ne se sentirait pas jaloux vis-à-vis de nous en voyant toutes les activités stimulantes réservées à nos enfants ?

 

Après mûre réflexion, si vivre dans un quartier « pauvre » voulait dire jouir d’une telle atmosphère, alors je choisis volontairement de garder mon étiquette de femme issue de quartier défavorisé. Et je dis haut et fort à cette jeune adolescente que j’étais, c’est dans ces expériences authentiques que tu puiseras ta force.

 

Karima El Amri

Marc Cheb Sun