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Jan / 17

Les violons rescapés

By / Soufyan Heutte /

Voici plus de 30 ans que le maître luthier israélien Amnon Weinstein redonne vie à des violons ayant appartenu à des déportés juifs d’Auschwitz. Cette collection fait partie d’un projet porté par le collectif “Les Violons de l’Espoir” qui organise depuis plusieurs années des concerts à travers le monde. Dans les camps de la mort, les nazis imposaient en effet aux musiciens juifs de jouer pour accompagner les condamnés vers les chambres à gaz… Une histoire inspirante pour notre auteur Soufyan Heutte qui nous livre une fiction musicale contre l’oubli.

 

Illustration: BAM.

LES

VIOLONS

RESCAPÉS

par Soufyan Heutte

Une pluie fine voile le ciel. Les passants pressent le pas en passant devant la porte du bâtiment. Dans le hall, Sam tourne en rond, hochant la tête au rythme d’un beat que ses écouteurs taisent au couple ouvrant leur parapluie et la lourde porte médiévale en bois. Sans un regard pour le jeune homme, tous leurs corps singent le mépris. De classe. Le baggy Wu-wear à l’entrejambe lâche et la casquette noire D12 doivent ressembler à un déguisement clownesque. Un peu à la Ali G dont ce couple ignore, très certainement, l’existence. Sam ne relève pas. De fait, il n’a pas levé la tête de son calpin qu’il griffonne autant qu’il siphonne son paper mate. « … Personne m’comprend d’ici là … et donc décida … mes semblables décédèrent » 

— Ouais, c’est bon, ça va l’faire.

Sam monte les marches deux à deux. Il rentre dans l’appartement et rejoint Dostom au studio.

— C’est bon, t’es prêt ? 

— Tranquille, j’avais juste besoin de changer deux, trois trucs. J’suis paré à kicker.

Il entre dans la cabine, troque ses écouteurs filaires contre le casque Hi-Fi.

— Lance l’instru. 

— Je connais mon taff, toi assures-toi de connaître ton texte. 

Ça fait plusieurs heures que Sam loue ce studio. Il a le projet d’en sortir avec quatre voire cinq titres. Histoire de sortir un EP digne des premiers MCs new-yorkais. Le beat s’enclenche. Premières notes, premières percus. Sam répète son texte. S’imagine le rapper avec un autre style. Dans ses pensées, il rate son départ. Le mixeur tire une moue. Sam ne le regarde pas, il se dit qu’il le paie aussi pour qu’il soit patient avec lui. Il aurait préféré monter un duo avec son meilleur ami. Mais après quelques années à mixer ensemble, le poto s’était rangé. En d’autres termes, il avait un marmot et charbonnait pour Franprix. Sam a continué l’aventure seul. Deuxième départ manqué.

— Tu penses rapper un jour ? Car je t’explique, si tu poses pas, moi je peux pas bosser sur ton son. Et là, on n’en a qu’un dans la boîte. Donc, faudrait te lancer. 

L’instru redémarre du début. Sam est focus. Il sait qu’il va percer, il le sent. Il a des millions de textes. Il a choisi les dix meilleurs et sait qu’il n’en gardera que la moitié. Purée, encore loupé. Sam balance la tête, repense à 8 Mile et balance son rap.

 

Si personne m’comprend d’ici-là, / c’est qu’j’me s’rai perdu et donc décida, / qu’il en fut d’trop qu’mes semblables décédèrent / pour des causes entourées d’mystères. / Qu’soit la faute d’la faim, du froid, du sida ou d’la guerre / seuls ceux qui possèdent ne décèdent / et cet avoir n’a d’cesse que d’avoir, / sans pourtant voir c’qu’il y a à voir. / Qu’la peste blanche décime qu’des noirs. / Pas d’générique pour Mamadou, / pas assez d’fric pour une mort douce. / Détresse qui sort d’la bouche de Mandela. / Mais tu n’peux nier qu’Bush t’as mis à l’amende-là. 

 

Sam est à fond dans son rôle de MC. Son pseudo : Bâttosaï. Bâttosaï le samouraï pour être complet. Blase hérité du film Kenshin le vagabond.

Sam finit le refrain, lance quelques gimmicks et rejoint Dostom devant la console.

— Alors, t’en penses quoi ? 

— Pour de vrai ? » Il n’oublie pas que Sam est un client avant tout.

— Ouais, tu peux y aller, t’inquiète !

Sam espère avoir l’air assuré mais il est effrayé au fond de lui que si la mayonnaise ne prend pas cette fois, qu’il en vienne à baisser les bras et à tourner la page Hip-Hop.

— Ton flow est bon. Ça percute. Faudrait varier un peu plus mais ça passe. Le texte est technique, c’est bon. Y’a quelques punchlines. Par contre, tout ton délire politique-là, j’pense que ça va prendre. Les jeunes veulent juste chiller. Fumer un pétard et se vider la tête. Ton rap conscient, ça marchera pas. En tout cas, tu feras pas du biff avec ce son. 

Du biff, de la maille, de la caillasse, du flouze, de la thune, quelque soit le nom qu’on donne à l’argent, Sam ne veut pas que ça devienne son horizon. Il en veut, raisonnablement, assez pour pouvoir se consacrer entièrement à son art. Un peu à la Keny Arkana. Il ne veut pas faire du rap de charbonneurs qui rappent sur leurs kilos et bendos. Il ne veut pas faire de l’autotuné où le propos est étouffé sous le vocaliseur. Non, devenir un Hugo TSR, c’est un avenir à même de le satisfaire. Rien de plus, rien de moins.

En écoutant le son, Sam sent qu’il manque quelque chose.
Un petit air qui viendrait lier le tout.

— Tu peux sampler ce son et le mettre en mélodie ? 

— Tu parles de celui-ci ? 

— Non, juste en dessous, c’est un orchestre de violons. 

Dostom lance le fichier mp3. Pas emballé par la musique classique, il s’exécute tout de même et isole un passage pour en faire une boucle. Le distord pour lui donner du pep’s.

— C’est possible de les modifier au minimum. J’aimerai les garder tel quel. 

— Tu m’as demandé de les sampler, c’est ce que je fais. 

— Scuse moi, je voulais dire les incorporer. En gros, juste les ajouter au son. Tiens, prends à partir d’ici, ça devrait le faire. 

Dostom est encore plus sceptique. Il coupe et colle docilement. Etrangement, il est agréablement surpris. Module le volume, histoire que ce soit harmonieux.

— Au final, ça le fait. 

Sam est satisfait du résultat lui aussi. Cette track, c’est son manifeste.

— C’est libre de droit ? 

— Oui, t’inquiète. 

Devant le regard interrogateur de Dostom, Sam sent qu’il doit en dire plus.

— En fait, c’est un orchestre qui joue avec des violons rescapés de la Shoah.

Le regard du mixeur n’a pas changé d’un iota. Sam se dit qu’un bref cours d’histoire s’impose.

— Pendant la seconde guerre mondiale, les juifs se sont fait rafler pour être exterminer par les nazis. Certains étaient violonistes. Et certains de leurs violons nous sont parvenus.

— Ah, mais t’es juif toi en fait ?! 

— C’est quoi le rapport ? 

— C’est bon, te vexe pas, moi j’ai rien contre les juifs. 

Sam sent que la pente est glissante. Il préfère stopper là que de continuer et finir par claquer la porte. Mais la vérité, c’est qu’il ne sait pas répondre à la question. Il est né juif, il l’est, il le sait, tout et tous chez lui le lui rappellent. Il a fait sa Bar mitzvah. Mais il ne croit pas en Dieu. Il n’y croit plus. Spirituellement, il ne se considère plus comme juif. D’ailleurs, on est un samedi aujourd’hui. Il s’est demandé à plusieurs reprises si on pouvait rester juif malgré soi. Faire parti du peuple juif, est-ce à vie ? Sa mère ne cesse de l’implorer de l’accompagner à la synagogue. Mais Sam, Samuel de son nom complet, évite tout ce qui est lié avec la religion. Tout comme il fuit les repas familiaux, surtout ceux du Shabbat. Sa crise de foi a commencé assez jeune. Il était au lycée lors de la seconde intifada. Il avait manifesté pour la paix au Proche-Orient. Puis de fil en aiguille, il en est arrivé à se définir comme antisioniste. Son grand frère parle de lui comme d’un adolescent en crise, en mue par une haine de soi. Il ne sait pas qui des deux a raison. Il ne sait pas s’il est toujours juif. S’il ne l’est plus, le redeviendra-t-il un matin ? Est-ce dans son sang ? Ses enfants, que seront-ils ? Juifs ou goys ? La question de Dostom vient d’un seul coup le faire cogiter. De retour dans son studio, il se pose sur son lit et continue de réfléchir à sa condition de juif athée. Il essaie de se souvenir de la raison qui l’a poussé à vouloir rapper sur ces violons rescapés. Qu’est-ce qui était important pour lui ? Qu’est-ce qui, dans cette histoire, vient résonner en lui ? Se sent-il légataire de ces déportés ? Il n’y avait pas pensé plus que ça. En tout cas, c’est ce qu’il se dit. Il n’a d’ailleurs que très peu lu à propos de ces violons.

Il se redresse, ouvre son laptop et surfe sur le net. Il tombe sur un reportage d’Arte Les violons de la Shoah. Il découvre l’histoire tragique de nombre de ces violons. Musiques accompagnants les déportés vers la mort. Témoins rescapés des heures les plus sombres de notre histoire. D’ailleurs, le luthier israélien qui restaure ces violons, Amnon Weinstein explique avoir récupérer « plein de poussière noire ». Stigmates hérités des camps de la mort. Sam est ému. Il a la gorge et le cœur serrés. Il a des picotements sur tout le bras droit.

Il s’en qu’il doit en savoir plus. Qu’il ne peut pas juste se contenter de poser sur ces violons pour la beauté du geste.
Il doit faire sienne cette histoire, leurs histoires.

La seconde guerre mondiale succède à la Der des ders. Un slogan qui se rêvait chantre du pacifisme. Enfin, pour ceux trempant dans un abus d’optimisme. La guerre ne se déclenche jamais subitement, comme un éclair zébrant le ciel. Et ce n’est pas la Blitzkrieg qui fera mentir cet adage. Les prémices étaient là avant même la fin de la première. Sauf que cette guerre est portée autant qu’elle transporte par une haine viscérale de l’Autre. Le Juif, bouc émissaire que nombre de nations européennes s’empressent, et se plaisent, à haïr. Cet Autre par définition. Eternel étranger. Etrange étranger. Porteur de tous soupçons. De Dreyfus aux sages de Zion. De la Russie à l’Allemagne en passant par la France et la Grande-Bretagne. Pas d’alliance pour ce peuple de l’Alliance.

 

La France a perdu. Enfin, à cette heure, elle s’est rangée du côté des vainqueurs. Cet armistice est même présenté de façon honorable. L’orgueil de basse-cour du gallinacé ne s’en trouve, donc, pas menacé. Il y a peu, c’est la France qui occupait la Ruhr. Avant cela, c’était la Prusse qui ravissait l’Alsace-Lorraine. Beaucoup de Français comprenaient la situation comme une sorte d’alternance.

Quoiqu’il en soit, tous essaient de survivre. Et la sidération de la défaite passée, la routine quotidienne reprend son court. Roger est policier sous Vichy. Il l’était avant la venue du Maréchal. L’uniforme est une seconde peau pour lui. Le respect de la loi, de l’institution et de la hiérarchie lui est chevillé au corps. Sans ordre, pas de nation. Son pays, il l’aime. Il l’aime même sous le contrôle allemand.

A ses heures perdues, Roger joue du violon. Il aime se laisser glisser sur les crins de cheval et que s’échappe une mélodie qui lui guérit l’âme.

— « Chéri, le repas est prêt. »

Roger range, avec précaution, l’instrument.

— Allez, belle-maman, une dernière cuillère…

Daisy, son épouse, est déjà à table à donner la becquée à Louise, la mère de Roger. Leur fils, Gérard, s’agite sur ses genoux. Bien qu’il vienne d’avoir le sein, il en redemande. Roger reste un instant débout, à regarder la scène. Trois générations se côtoient. Son père, de là-haut, doit sourire devant ce qu’il voit.

— Laisse mon amour, je prends le petit. 

— Non, mange, tu dois y aller. 

— Tu sais, avec les Allemands en ville, les voleurs de poules se font rares. 

— J’ai mis de la viande dans ton bol, tiens. 

Le rationnement touche tout le monde. Et Roger, malgré son statut de policier, doit aussi se serrer le ceinturon.

— Mon amour ? 

— Oui ? 

— Si tu pouvais aller n’importe où, où irais-tu ? 

— Que tu es bête, je suis très bien ici.

 

Daisy a grandi dans la petite ville jouxtant celle de Roger. Il se sont connus jeunes et se sont mariés dès leurs premiers ébats. Surtout dû au fait que Daisy était tombée enceinte. Roger est un homme qui assume ses actes. Et fonder une famille avec Daisy n’était en rien une erreur. Rien au monde n’aurait pu le rendre plus fier. Et c’est seul qu’il est allé à la rencontre du père de sa future. La discussion fut rude. Mais Roger su se montrer convaincant.

— Non, dis-moi où irais-tu ? 

Daisy pris le temps de réfléchir. Le tout en continuant à nourrir sa belle-mère.

— Marseille ! 

— Marseille ? 

— Oui, Marseille. Le soleil, les cigales, tout ça. Ce doit être magnifique. Se réveiller au son de la garrigue. 

Pensive, elle marque un silence.

— Et surtout, ne plus entendre un seul mot d’allemand. 

Cette dernière phrase marque la fin du repas pour Roger. Un goût amer emplit sa gorge et remonte jusqu’à sa glotte. Il entend le bruit des bottes. Les panzers sur les pavés. Il se revoit assister à des arrestations. Des gosses passés à tabac pour de la vulgaire contrebande.

Sur le chemin qui le mène au poste de police, il repense aux ordres que sa brigade vient de recevoir. Il ne les comprend que trop bien mais n’en saisit pas l’objectif. L’antisémitisme français n’est pas une découverte pour lui. C’est même une sorte de norme en Europe. Mais là, ce qu’il s’apprête de faire, c’est pire que ce qui fut fait outre-Rhin. C’est un méfait sur lequel il ne parvient à mettre un nom. Non qu’il manque de vocabulaire. Mais parce qu’il a dû mal à concevoir que son pays en est réduit à un tel degré d’inhumanité. Liberté. Egalité. Fraternité. Tous riment avec humanité. Au lendemain de la Révolution, Robespierre avait donné de la voix pour que la citoyenneté soit donnée aux Juifs. Aujourd’hui, citoyens, ils sont sur le point de ne plus l’être. Leur être même étant comme une plaie dont il faudrait purifier la France.

Roger passe le grand portail du poste de police. Monte les marches de pierre de l’escalier central. Il est accueilli par Roland, son collègue.

— Salut Roger, comment va Daisy ? Et Gérard ? Toujours aussi brayard ? 

Roger n’a pas la tête à tailler une bavette. La tête dans la lune, le regard au sol, il continue son chemin. Tout le reste de la journée, il est comme absent. Il a peine à croire ce qu’il croit deviner.

Sur le chemin du retour, il passe devant Christiane et Emile, un couple d’amis. Sans y penser, il se dirige vers la porte et toque.

— Tiens Roger, qu’est-ce qui t’amène ? 

— La rafle est imminente, j’ai une pièce chez moi où vous cacher. Vous devez me suivre. 

Emile, le regard d’un merlan frit, est rejoint par Christiane. Roger réfléchit à comment expliquer la situation. Comment verbaliser ce qu’il peine lui-même à admettre. Que la France est sur le point de déporter ses enfants. Qu’elle collabore au-delà des attentes nazies.

— La police va venir vous arrêter et vous envoyer en Allemagne. 

Emile réprime un rire d’incrédulité.

— Mais enfin, on est en France ici, tout va bien se passer! Il ne faut pas paniquer. 

Emile salue son ami et s’apprête à fermer la porte. Fermer la porte sur ces horribles images que lui et sa femme ont hérité des ghettos baltes. Un enfer dont ils ont pu réchapper. Un enfer qui fait partie de leur passé.

Roger se demande toujours comment être convaincant. Il a beau réfléchir, il ne parvient à rien. C’est le néant. Un trou noir. Le vide. Il dégaine son arme, la charge et la pointe sur la tempe de son ami.

— Suis-moi si tu ne veux pas mourir, ici et tout de suite. 

Le regard d’Emile se remplit de terreur. Une terreur ancienne. Une terreur qui le saisit à l’intérieur. Qui le serre. Qui l’oppresse. Qui rend tangible la venue imminente de la police. Sans un mot il rentre chez lui, prépare, avec Christiane, ses affaires. Le tout tenant dans une unique valise.

En chemin, les trois ne décochent pas un mot. Les regards du couple sont hagards comme un boxeur se relevant d’un K.O. Roger, lui, a un regard d’acier. Il est habité par une certitude. Une juste certitude. Pour une fois depuis longtemps, il sait ce fait et surtout il sait pourquoi il le fait.

A deux pas de chez lui, il s’arrête chez sa voisine. Même alerte donnée, même incrédulité chez la mère de famille.

— Confiez-moi, au moins, vos enfants. 

Sa voisine regarde ses trois enfants dans le salon. Elle n’imagine pas une seconde se séparer de la chair de sa chair. Roger a beau être un voisin tout ce qu’il y a de correct. Elle ne peut se résoudre à abandonner ses enfants. Surtout dans une période si sinistre. La porte se ferme. Roger ne les reverra plus.

La petite maison de ville n’est pas bien grande. Toutefois, une chaleur s’y dégage. La petite famille élargie ne mange pas à sa faim mais le fait de respirer est inestimable en soi.

Le téléphone sonne.

— Ils arrivent. Tu as été dénoncé. Tu as moins de cinq minutes!

Roger sait qui arrive et pourquoi. Il sait ce qui lui reste à faire. Il embrasse sa mère, sa femme et Gérard. Sert ses amis dans les bras et s’éclipse.

La police est à la porte. Tambourine d’une humeur sanguine. Cerbères en chasse. La porte s’ouvre. Les hommes en uniforme bleu-nuit emplissent la petite pièce à vivre. Daisy est assise sur un fauteuil, Gérard sur ses genoux. Sa belle-mère est posée près de la fenêtre. Daisy a juste eu le temps de déplacer le fauteuil au-dessus de la trappe cachant Emile et Christiane. Elle a laissé tomber, généreusement, sa longue robe brodée pour dissimuler les contours de la trappe. Les policiers, bien qu’énervés, restent courtois face à ces deux femmes. Daisy pince autant qu’elle le peut les fesses de son bébé. Elle le pince et prie pour qu’il lui pardonne.

— Votre mari n’est pas là ? 

— De toute évidence. Il est parti ce matin et n’est pas revenu. Je le pensais au travail. Vous m’intriguez. 

Malgré la situation, elle garde tout son calme. Le sourire en devanture.

Les policiers agacés par les cris stridents et incessants de l’enfant s’en vont. Bredouille.

 

Des dizaines d’années plus tard, Gérard, devenu médecin, lègue le violon de son père afin qu’il chante à nouveau. Car chez son père, les cordes sensibles ne se limitaient pas au violon. Il était habité par la dignité et la justice.

Samuel ressort remué à l’écoute de cette histoire. De son histoire. De l’Histoire. Il repense à sa famille. A cette période dont il n’a eu que des échos. Il imagine les oncles, les cousins, les tantes, les cousines qu’il n’a pas eus, qu’il a perdu. Combien de membres de sa famille existeraient si l’holocauste n’avait été ? Combien de rescapés ne l’ont été faute à une trop grande confiance en l’Etat français ? Il se dit qu’il se doit d’honorer cette mémoire. De partager cette histoire. D’être un témoin comme eux furent martyr. Samuel entrevoit des réponses quant à sa judéité. Il comprend que son sang et le leur ne font qu’un. Qu’il ne peut se délier d’eux sans se nier lui.

Samuel écoute en boucle l’instru avec les violons. Il s’endort sur cette mélodie.

 

Soufyan Heutte

Le 27 janvier est la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah. Il s’agit d’une date symbolique car elle correspond à l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau.

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Soufyan Heutte