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Jan / 13

Rouda, une musique des lettres toujours au rendez-vous

By / Florian Dacheux /

Rouda, une musique des lettres toujours au rendez-vous

Pionnier du mouvement slam au début des années 2000, compagnon de route de Souleymane Diamanka, Grand Corps Malade ou encore Féfé, Rouda ne s’est jamais arrêté d’écrire. Avec son premier roman Les Mots Nus, le natif de Montreuil (93), notamment connu pour Musique des Lettres en 2007 et The French Guy en 2016, prouve une fois encore qu’il n’a rien perdu de sa plume orale et incisive, ce spoken word qu’il transmet avec 129H chaque mois en atelier à la jeunesse francilienne. Dans ces Mots Nus, Rouda nous replonge, avec poésie et une certaine urgence, dans la mémoire de ces événements qui ont fracturé le pays ces 30 dernières années.

J’aurais pu l’appeler pour lui proposer une interview autour d’un café à Ménilmontant, ce quartier qu’il chérit tant. Mais j’ai préféré lui répondre par des mots à ses Mots Nus qui viennent tout juste de paraître chez Liana Levi. Ses Mots Nus, Rouda me les a envoyés un mois plus tôt. « Cher Florian, Nous nous sommes écrit sans nous être vus, désormais la promesse est tenue, voici les Mots nus… Souhaitant qu’ils te parlent. » Et ils m’ont parlé cher Rouda. Car Ben, ton personnage principal qui vit dans cet intra extra permanent, en équilibre entre Paname et sa proche banlieue, j’ai l’impression de le connaître. Titi de Paname sans vraiment l’être. Bercé par les années 1990 et son mood hip hop, de Cypress Hill à Prose Combat, avant de se prendre la gueule de Jean-Marie en pleine face. Comme l’impression, surtout, d’entendre Rouda slamer ces mots, à nu, tant le rythme est omniprésent. Première claque : « Je suis d’une génération d’enfants qui ne calculent pas ce genre de divisions. On s’additionne, on se multiplie, et on se fout du résultat des équations. On grandit ensemble, on se mélange, et on laisse aux adultes la charge de résoudre les problèmes compliqués. »

« On ne s’intéresse toujours pas aux origines de la violence »

Ces mots résonnent. J’avais également ces rêves d’enfant. J’étais naïf et confiant. France métisse et fière de l’être, le magicien Zidane sur les ondes. Et puis, il y a tout ce qu’évoque Rouda, quand il interroge notre pluralité et ce que l’on en a fait, ce bon vieux racisme ordinaire, cet autre bon vieux concept du vivre ensemble mêlé à 40 ans de dizaines de plans banlieue redondants, sans parler des violences policières et de la rhétorique de l’extrême-droite… Au fil des pages, le natif de Montreuil nous plonge dans cette France des illusions perdues, où la promesse du “black-blanc-beur” de l’été 1998 n’était qu’ « un rideau de fumée » face à la fracture sociale qui s’installait. 2002, le FN est au second tour. Onde de choc. Quatre ans plus tôt, sur le toit du monde, on dansait sur Gloria Gaynor. « Debout sur les abribus, enveloppés dans des drapeaux bleu-blanc-rouge, nous sommes tous Français », écrit Rouda. Ben est en colère. I wanna get high ou i will survive ? Il ne sait plus. Rouda remet du Bérurier Noir. Oui, « la jeunesse emmerde le Front National ». C’est le déclic. Les émeutes s’enchaînent. Zyed et Bouna. La bavure de trop. « On ne s’intéresse toujours pas aux origines de la violence », écrit Rouda. La tension est palpable. Ben s’apprête à devenir le leader d’une révolution… Je n’en dis pas plus. Car ça parle d’amour et d’amitiés aussi. Surtout. Alors procurez-vous donc ces Mots Nus. Un formidable écho à notre présent qui nous pousse, en refermant le livre, à nous demander si la jeunesse emmerde toujours le Front National. Rouda, lui, s’apprête bientôt à prendre la route avec Nicolas Séguy et David Videau pour une tournée de lectures musicales de son roman. D’ici là, retrouvez-le dès ce vendredi 13 janvier à 19h pour le lancement officiel de son roman à la librairie Folies d’Encre. A Montreuil, bien sûr.

 

Florian Dacheux

 

Les Mots Nus, Rouda, éd. Liana Levi ,  2023

(portrait photo Rouda ©Romain Rivierre)

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129H : l’urgence de dire

 

Pionnier en matière de scènes slam, de spectacles et de projets musicaux, d’ateliers d’écriture et de formation, le Collectif 129H, fondé en 2001, est une référence incontournable. Son histoire s’inscrit dans le temps. Un temps rythmé par l’urgence de dire. En 2000, le mouvement slam est un secret bien gardé. Paris ne compte que quelques microscopiques lieux de nuit qui attirent d’étranges papillons aux langues bien pendues. Lyor, Neobled, Ninanonyme et Rouda sont de ceux-ci. Ils se rencontrent sur les trottoirs de Ménilmontant, et se reconnaissent une passion commune pour l’écriture et l’oralité. Ils scellent alors la naissance du Collectif 129H et ouvrent la troisième scène slam hebdomadaire à Paris. Les scènes slam du 129H ont vu défiler tout ce qui comptait en terme d’écriture, de performance, de talents foisonnants de ce début de millénaire : D’ de Kabal, Souleymane Diamanka, Jacky Ido, Nicolas Seguy, Gaël Faye, Hippocampe Fou… Le décès de Ninanonyme en décembre 2004 agit comme un détonateur, qui engage le collectif encore plus avant sur sa voie. Lyor, Neobled et Rouda sillonnent alors la France et des territoires plus lointains pour diffuser la discipline slam. Leur poésie parlée, déclamée ou rappée investit alors des champs pluriels. Sur leurs scènes slam, ils ouvrent un espace de parole libre et déclenchent des vocations, dont celle de Grand Corps Malade, qui cheminera pendant plusieurs années à leurs côtés.

 

 

Dans leurs ateliers “Écrire et Dire”, ils sensibilisent des milliers de jeunes et de moins jeunes à l’exercice d’une parole poétique, d’une écriture à l’oral. En spectacle ou sur disque, ils proposent des objets insolites, où se mêlent flows pointus et humour décalé, technique vocale et vision du monde acérée. Lyor, Neobled et Rouda mènent chacun leur propre trajectoire artistique et se retrouvent en trio autour de créations communes. Entre les sorties d’albums de chacun, le Collectif 129H multiplie les projets : la conception d’un guide méthodologique sur les ateliers slam, une chronique quotidienne de l’actualité sur les ondes du Mouv’, la tournée du spectacle “Slameurs Publics”… Ce parcours riche de rencontres humaines et d’expérimentations artistiques les mènera jusqu’à Chicago en 2017, où ils joueront une création commune avec Marc Smith, l’inventeur du slam. En janvier 2019, Neobled quitte le Collectif et se consacre aux activités du QDCF. “Quand dire c’est faire” est un concept de soirées slam, dont l’objectif premier est de venir en aide à des associations. Membre fondateur du 129H, il anime également ses propres ateliers d’écriture, porte de multiples projets culturels, et poursuit l’exploration de sa galaxie musicale. Aujourd’hui, Lyor et Rouda gèrent et animent l’ensemble des activités du collectif : ateliers et formations, créations et voix off.

(sources : 129H.COM)

Florian Dacheux