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Juin / 01

Pride des banlieues : les queers ouvrent la voix

By / Florian Dacheux /

A Saint-Denis, ce samedi 4 juin 2022, a lieu la 2e édition de la Pride des banlieues. Sortis de l’invisibilité après la première marche en 2019, les organisateurs veulent du concret : 10 000 places d’hébergement et des moyens dédiés aux personnes LGBTQIA+ en Seine-Saint-Denis. Entre 5000 et 10 000 personnes sont espérées pour cette nouvelle édition.

Pride des banlieues : les queers ouvrent la voix

En 2022, nous sommes de retour pour reprendre la parole. Nous voulons annoncer nos revendications et faire entendre nos voix. C’est pour cela que nous marcherons à Saint-Denis ». Nouveau visage, Jérôme Ibouth n’était pas dans l’organisation de la première Pride des banlieues monté trois ans plus tôt par une petite bande de l’association Saint-Denis Ville au Cœur. Aujourd’hui, l’événement a pris de l’importance, à l’image de la petite structure militante qui a bien grandi. Ils et elles sont une quarantaine à s’activer pour cette pride en l’honneur des queers de banlieue. En 2019, la marche avait été un succès : entre 1000 et 3000 personnes avaient paradé à Saint-Denis. L’association dionysienne espère entre 5000 et 10000 marcheurs, pour la deuxième édition qui aura de nouveau lieu samedi 4 juin 2022 dans la première ville de Seine-Saint-Denis. Entre-temps, l’ambiance a quelque peu changé autour de la pride. Lors de la première marche, les organisateurs de la petite équipe étaient alors sous pression. Allaient-ils réussir à rassembler du monde, ou la marche serait-elle un fiasco ? D’autant plus que des militants LGBTQIA+ de banlieue semblaient méfiants vis-à-vis de ces jeunes inconnus qui organisent la Pride des banlieues. Il y avait « une suspicion », reconnaît Yanis Khames, aujourd’hui âgé de 23 ans, l’un des jeunes initiateurs de la marche. « A partir du moment où on a été très clair sur nos messages, et que la pride était à l’image de nos banlieues, on a rassuré. Au final, un jour après la marche, tout le monde nous a félicités », raconte le Dionysien.

« Pas de racisme dans nos fiertés »

Aujourd’hui, la marche est soutenue par une vingtaine d’associations et de collectifs : d’Act-Up Paris et d’Aides à Libération lesbienne, Diivines LGBTQIA+, Inter-LGBT, en passant par le Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrant.e.s (BAAM), la MIF, Iels8 collectif féministe de Paris 8, Queer Pantin ou encore Nta Rajel. Des artistes et des personnalités queers ont aussi apporté leur soutien, tels que Océan, Shirley Souagnon, Tahnee, Yanis, Vinii Revlon, Habibitch, Aggressively Trans ou encore Lou Eve. La marche se veut résolument intersectionnelle, brassant les luttes sociales, queers, antiracistes. « La Pride des banlieues concerne les personnes victimes de LGBTQ+phobies mais aussi ceux qui sont précarisés ou victimes de racisme. Il y a plusieurs facteurs dans les discriminations. On n’est pas dans une mono-lutte », résume Yanis Khames. L’un des mots d’ordre de la marche étant « pas de racisme dans nos fiertés ». « Grâce à la pride, on a créé un contre-discours sur ce qui était dit sur les personnes LGBTQIA+ des quartiers populaires dans l’espace médiatique », poursuit Yanis, dans lequel « les habitants des quartiers sont stigmatisés parce qu’ils seraient particulièrement LGBTQphobes, ce qui n’est prouvé par rien ». « Quand on est LGBTQIA+ de quartiers populaires, on vit aussi les stigmates subis par les habitantes et les habitants des quartiers, par exemple quand il faut trouver un emploi ou un logement », défend le Dionysien.

« Il faut des lieux ressources pour les personnes queers et les multiplier au niveau local »

Dans cette logique intersectionnelle, la Pride des banlieues porte comme revendication forte la création de 10 000 places d’hébergement d’urgence en Seine-Saint-Denis pour « tout le monde », et « particulièrement les personnes LGBTQIA+, notamment les plus jeunes ». « En effet, il est fréquent qu’après un outing, iels soient exclu.es de leurs domiciles familiaux », défend le collectif. « C’est une urgence vitale, avec une surreprésentation de personnes LGBTQIA+. Il faut y répondre au plus vite », insiste la jeune militante Gilliane Coudrey. « Plus on ouvre de places pour tout un chacun, plus il y aura de places pour les personnes LGBTQIA+ », ajoute Jérôme Ibouth. Plus spécifiquement, la Pride des banlieues demande également la création d’un centre communautaire de santé et d’un centre LGBTQIA+ en Seine-Saint-Denis. « Il faut avoir des lieux ressources pour les personnes queers et les multiplier au niveau local », défend Yanis Khames. La première marche a permis aux problématiques des queers de banlieue de « sortir de l’invisibilité ». « On a ouvert une voix. Maintenant, il faut que nos revendications soient prises en compte concrètement », demande Yanis Khames. « On est dans une démarche politique. Nos revendications doivent déboucher politiquement », renchérit sa camarade Gilliane Coudrey. Si les pouvoirs publics prennent maintenant au sérieux la Pride des banlieues, les choses bougent encore « très lentement », constate le collectif. « On est clairement au début du processus. C’est pourquoi on va marcher le 4 juin pour faire entendre nos revendications ».

 

Aziz Oguz

(Photos © Aiman Saad Ellaoui)

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Plus d’information sur : La Pride des Banlieues | Signez l’appel à manifester !

Marche samedi 4 juin de 14h30 à 15h30. Départ : place René Dumont (métro Porte de Paris, ligne 13) à Saint-Denis (93200), arrivé place Jean Jaurès (devant la mairie, métro Basilique, ligne 13), où sera installé le village des fiertés de 15h30 à 18h30, avec des stands, des discours et des concerts.

L’Afterparty aura lieu de 17h à 00h30 à la Cité Fertile au 14 avenue Édouard Vaillant à Pantin (93500), où une dizaine d’artistes sont programmés.

Florian Dacheux