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Sep / 25

Grand Remplacement et théorie du complot, nouvel avatar raciste et antisémite des suprémacistes blancs

By / Marc Cheb Sun /

Un « Grand Remplacement » ourdi par les juifs ? En Europe comme aux Etats Unis, cette idée antisémite trouve une audience toujours plus large dans les milieux d’extrême droite. En témoignent les nombreux échanges sur les réseaux sociaux de policiers français radicaux, récemment mis au grand jour ou, pire encore, les attaques de synagogues à Pittsburgh, San Diego ou Halle, en Allemagne. Durant ces dernières années, cette intoxication est menée par des suprémacistes blancs, convaincus que les juifs essaient de détruire la civilisation occidentale, par le biais, cette fois, de l’immigration. Focus sur ce tropisme complotiste conjuguant la haine de toutes les minorités. 

GRAND REMPLACEMENT ET THÉORIE DU COMPLOT

Le nouvel avatar raciste et antisémite des suprémacistes blancs

« La France de 2019 va falloir la purger ! Le processus a commencé dans les années 80. Ça s’amplifie à mort avec la 3eme génération, C’est vraiment ces gros fils de pute de juifs et les gauchos qui organisent tout ça, qui font venir du négro et du bougnoule ». Ces messages haineux qui réhabilitent la théorie du complot et celle du « Grand Remplacement », ont été étalés au grand jour par un policier noir, de l’unité administrative et judiciaire de Rouen, début 2020. Ce dernier avait aperçu par hasard son nom sur des messages injurieux et négrophobes affichés sur le smartphone d’un collègue, à son encontre, via un groupe Whats App créé par plusieurs policiers de sa brigade. Tous étaient persuadés de l’imminence d’une « guerre civile raciale ». 

Une affaire qui a fait grand bruit et rappelle celles de plusieurs groupes Facebook privés, « TN Rabiot Police Officiel » ralliant 8000 personnes ou « FDO 22 unis » comptant 9000 membres, dont les membres, uniquement issus des forces de l’ordre, s’échangeaient, en 2019,  des messages racistes, antisémites et homophobes de la même teneur.

Si ces dérives témoignent de la présence d’un militantisme d’extrême droite aguerri et violent au sein de l’institution policière, elles questionnent aussi l’audience que trouve -en particulier aujourd’hui- une telle idée antisémite « d’un Grand Remplacement ourdi par les juifs », en France, plus largement en Europe et aux Etats-Unis. « Cette théorie est largement portée par les suprémacistes blancs », rappelle l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste des mouvements d’extrême droite. Une idéologie d’autant plus toxique qu’elle a déjà armés les bras de terroristes néo-nazis lors d’attaques sanglantes, ces dernières années, à Pittsburgh et San Diego (Etats-Unis), Christchurch (Nouvelle-Zélande) et Halle (Allemagne), contre des synagogues ou des mosquées. 

« Elite cosmopolite » 

La théorie du « Grand Remplacement », dont Eric Zemmour se fait le promoteur à côté d’autres idéologues d’extrême droite à l’instar de Renaud Camus, désigne ainsi la minorité juive – telle une « élite cosmopolite » – comme responsable du prétendu remplacement des Blancs par les musulmans, les Noirs, les Arabes, et même les « Latinos » aux Etats-Unis. Des accusations antisémites qui prospèrent donc tout autant dans l’Amérique de Donald Trump, dont l’élection a boosté le mouvement suprémaciste blanc, et la diffusion d’une telle théorie. En atteste, la manifestation violente néo-nazie de Charlottesville, de 2017, qui visait à défendre la statue du général Robert Lee, chef militaire de la confédération et figure de l’esclavagisme, avec comme slogans « Mettre fin à l’influence juive en Amérique » ou “les juifs ne nous remplaceront pas”.  

Initié par des groupuscules d’extrême droite, dont le Ku Klux Klan, ce rassemblement meurtrier, pas même condamné par Donald Trump, en dit long sur « les rapprochements entre la culture politique sudiste, celle du KKK, et les anciens collaborationnistes européens. De quoi favoriser l’émergence, désormais, d’une sorte de ‘nazisme universel’, telle une véritable ‘internationale noire’ », analyse Nicolas Lebourg dans son livre Les nazis ont-ils survécu ? (Seuil, 2019).

On l’aura compris, ce racisme nazi – façon 21ème siècle – s’orienterait vers une idéologie « de préservation de la spécificité du ‘monde blanc’, de l’Amérique à la Russie», poursuit l’auteur, «avec comme leitmotiv, la libération de l’Occident d’une seule véritable occupation, celle des juifs, jugés responsables de la destruction de l’Europe pendant la seconde guerre mondiale, et qui poursuivraient aujourd’hui encore le même dessein, mais cette fois par un autre biais : l’immigration».   

Haro sur le conspirationnisme ! 

Fantasme de complot mondialiste ou de gouvernance « juive » planétaire, c’est dire si le conspirationnisme – qui a plus que jamais le vent en poupe dans une partie croissante de l’opinion et même chez certains leaders politiques -, s’impose encore et toujours comme l’antichambre de l’antisémitisme.  Au Moyen Age, les juifs considérés responsables de la Peste Noire, aujourd’hui du « Grand Remplacement » mais aussi de l’esclavage ou encore de la pandémie de Covid-19 ? Du moins, à en croire les attaques racistes qui ont également pullulé sur la Toile en plein confinement et ayant fait l’objet de dizaines de plaintes : caricatures antisémites d’Agnès Buzyn, commentaires violents accusant des personnalités identifiées juives, vidéos de Dieudonné vues plus de 200 000 fois par des internautes dénonçant un « ordre mondial », la “haute sphère” ou “Israël”… Ce même Dieudonné qui osa, donc, également qualifier il y a quelques années, les juifs « de négriers reconvertis dans la banque ». 

Cet autre fantasme – la minorité juive, responsable de la traite transatlantique – a malheureusement, depuis, aussi fait son chemin. Aussi bien en France, qu’à Brooklyn, dans certaines tendances de mouvements nationalistes noirs, à l’initiative de récentes violences contre des juifs ultra-orthodoxes. Face à un tel climat de tensions de part et d’autre de l’Atlantique, comment espérer alors bâtir des fronts communs dans la lutte contre la haine des Noirs ou des musulmans et l’antisémitisme, tous deux largement entretenus par l’extrême droite ? Un travail qui relève de la gageure même s’il s’avère nécessaire. Et pour cause : alors que des mouvements néo-nazis proclament les juifs « fourriers de l’immigration », accusent les Noirs et les Arabes de remplacer les populations blanches sous la houlette de ces mêmes juifs, sèment la terreur parmi eux en abattant des individus pour provoquer leur départ « et permettre une remigration », comme le rappelle Nicolas Lebourg, il y a urgence à s’unir. Pour déconstruire ces mêmes préjugés qui divisent les minorités, et, surtout protéger notre société plurielle de telles idéologies complotistes, dévastatrices du vivre ensemble. 

 

Charles Cohen

Charles Cohen

Marc Cheb Sun