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Juin / 23

Zoom sur le Festival La Petite Istanbul En Fête !

By / Florian Dacheux /

Jusqu’au 28 juin 2022 a lieu la 13e édition du Festival La Petite Istanbul En Fête dans le Xe arrondissement de Paris, le cœur névralgique de la Turquie en France. Un événement culturel qui met à l’honneur toutes les minorités de Turquie, des Kurdes aux Arméniens, en passant par les Alévis et les Zazas. Tout en portant un message solidaire autour de la lutte contre les discriminations et pour l’égalité des droits.

Zoom sur le Festival La Petite Istanbul En Fête !

C’est le cœur battant de la Turquie en France. Avec ses restaurants, ses épiceries, ses cafés ou encore ses salons de coiffure, le quartier Strasbourg Saint-Denis dans le Xe arrondissement de la capitale est appelé la petite Turquie. Ou encore la petite Istanbul. La seconde dénomination a la préférence d’Umit Metin. C’est le nom donné par son association au Festival La Petite Istanbul En Fête, dont la 13e édition a lieu jusqu’au 28 juin à Paris. « Aujourd’hui, on a réussi à en faire un événement incontournable de la vie du Xe arrondissement », se réjouit le responsable de l’Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort), qui existe depuis maintenant 42 ans. Tout au long du mois de juin, l’association organise des rencontres littéraires, des spectacles et des projections de films dans le quartier où elle est historiquement installée. L’événement phare, c’est le concert interculturel, qui aura lieu samedi 25 juin, avec pour tête d’affiche l’artiste kurde Mikaîl Aslan, exilé en Allemagne, qui chante en zaza, l’une des langues kurdes. Mais il y aura aussi la chanteuse grecque Dafné Kritharas, le groupe franco-arménien Lavach’ ou encore l’artiste turque Gülseren.

« Reconnaître la diversité des identités de Turquie »

L’Acort organise également le Festival des Cinémas de Turquie qui fêtera l’an prochain sa 20e édition. « On est convaincu que les espaces culturels sont un moyen primordial pour casser les préjugés et lutter au final contre les discriminations, défend Umit Metin. On veut être un pont entre la Turquie et la France, mais aussi un pont entre les communautés de Turquie présentes ici en France, tout en voulant parler à tout le monde. C’est pourquoi il est important que notre festival soit ouvert à tous, et notamment aux habitants du Xe arrondissement. » Le nom de l’association va d’ailleurs dans ce sens. « On parle des originaires de Turquie, parce que cela intègre toutes les identités de ce territoire, à savoir les Arméniens, les Kurdes, les Alévis (une minorité religieuse hétérodoxe proche du chiisme), les Grecs, les Chaldéens et d’autres minorités comme les Tcherkesses ou les Lazes [des minorités caucasiennes]. Pour nous, c’est une richesse. Et c’est un acte politique de reconnaître la diversité des identités de la Turquie. Nous avons des choses en commun et nous avons à apprendre les uns des autres », explique Umit, arrivé en France à l’âge de 5 ans, un franco-turc d’origine kurde alévi. « Moi, j’ai toutes les identités. J’ai peut-être même des origines arméniennes », se marre le coordinateur général. 

 

Pour la lutte des sans-papiers
Historiquement, l’Acort s’est inscrite dès sa création en 1980 dans la lutte pour le droit des étrangers. L’organisation s’appelait alors l’association des travailleurs de Turquie (ATT) pour des sans-papiers travaillant dans des ateliers de confection parisiens. Tout a commencé par une grève de la faim de travailleurs demandant la régularisation. François Mitterrand, alors candidat pour la présidentielle, était même venu les soutenir. « On a été de toutes les luttes », rappelle Umit Metin. Avec d’autres associations, l’ATT s’est alors battu pour la carte de séjour de 10 ans en 1982, au cœur de la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 ou encore dans le cadre de la grève de la faim des déboutés de l’asile en 1991. C’est en 2001 que l’ATT est devenue l’Acort, sous l’impulsion des jeunes et des étudiants de l’association, les enfants de la première génération venue en France. « Nos pères », dit affectueusement Umit Metin. Fidèle à ses idées antiracistes, l’association progressiste est aujourd’hui de toutes les luttes, qu’elles soient féministes ou pour les personnes LGBTQIA+. « On s’inscrit dans une lignée altermondialiste pour les droits des minorités », résume le coordinateur général.

 

Raccourcis et préjugés
Ce qui lui attire souvent des problèmes avec les extrêmes. En 2019, l’association avait appelé à manifester pour la Marche contre l’islamophobie, s’attirant les attaques de la droite radicale. En 2020 et 2021, les locaux de l’association ont été taggués à deux reprises par des injures racistes, comme “Islam=Mort”. Umit Metin a été fiché par le site Fdesouche comme un “islamo-gauchiste” dans la catégorie “islam”. Des attaques d’autant plus injustes quand on sait que l’Acort est très farouchement opposée à la politique du président turc Recep Tayyip Erdogan. « Ces racistes ont lu “Turquie” dans le nom de l’association et ont directement fait le rapprochement avec islam », sourit jaune le responsable. Il a l’habitude des raccourcis et des préjugés sur les citoyens turcs, surtout quand des tensions internationales éclatent, à l’image récemment de “la guéguerre de communication entre Macron et Erdogan”. « Il faut à chaque fois se justifier, on est très assimilé au président turc et au passé de la Turquie », dit-il, prenant l’exemple du génocide arménien. « Pour des Arméniens, tous les Turcs étaient des génocidaires. Mais en nous côtoyant, ils ont découvert qu’il y avait des Turcs progressistes avec lesquels ils pouvaient lutter pour la reconnaissance du génocide. »

Umit Metin (au centre) et ses collègues de l’Assemblée citoyenne des originaires de Turquie.

Attaqué par l’extrême-droite française et turque

L’Acort est ainsi prise en tenaille. « D’un côté, on est attaqué par l’extrême-droite française, parce qu’on dénonce l’islamophobie. De l’autre, on est attaqué par le mouvement des Loups gris [lié à l’extrême droite turc], parce que l’on dénonce le racisme turc », résume Umit Metin, qui explique que des jeunes franco-turcs se sentent aussi coincés. « Comment faire pour que nos jeunes ne se referment pas sur eux-mêmes ? Nous devons lutter contre l’islamophobie en France, mais il faut en même temps lutter contre tous les formes de racismes et de discriminations. » D’autant plus que le président islamo-conservateur Erdogan instrumentalise – en utilisant ses réseaux en France – la question de l’islamophobie à des fins politiciennes pour asseoir sa stature à l’international et en Turquie. Un attrait pour le président turc qui touche aussi les musulmans français. « On tente de leur expliquer qu’il viole les droits humains en Turquie, mais pour eux nos gouvernements ne valent pas mieux. Au moins, en tant que musulman, il tient tête à l’Occident », explique-t-il. Umit Metin reste malgré tout convaincu que, par le dialogue et la culture, il est possible de changer les regards. « Nous avons tous nos spécificités, mais nous ne devons pas construire des murs entre nous. Nous avons toujours à apprendre des cultures des autres. » 

 

Aziz Oguz

(Photos © Acort)

+ Rencontre mardi 28 juin avec l’auteur kurde Murat Özyaşar autour de son livre Certifié Conforme, Histoires de Diyarbakir. A partir de 18h30, Bibliothèque François Villon, 81 boulevard de la Villette, Paris 10e.

Plus d’informations : https://www.acort.org/

Florian Dacheux