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Août / 17

Youssoupha : Réinventer le langage

By / akim /

YOUSSOUPHA «NOTRE RÔLE ? RÉINVENTER LE LANGAGE»

SON APPROCHE DES MOTS TRAVERSE DIFFÉRENTS PAYS ET CONTINENTS, SES ÉTUDES DE LITTÉRATURE, SA PASSION DU RAP. SON ART EST AUTHENTIQUE, IL JONGLE ET SE JOUE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Quelle place pour le langage dans votre art ?

C’est ma matière première. Je me vois comme ceux qui travaillent la terre pour la sculpter, qui la torturent et la modifient. Je n’aurais pas pu faire de rap si je n’étais pas fasciné par le langage.

 

Le rôle des rappeurs, c’est de le préserver ou de le faire évoluer ?

On a tendance à railler notre lexique, notre syntaxe. Mais notre rôle, c’est de réinventer le langage. On reprend des mots an­ciens comme racaille, américains com­me swag, du verlan, de l’argot antillais ou africain, des mots plus actuels et on mêle le tout. Si le rap se contentait du dictionnaire et du Bescherelle, on s’ennuierait !

 

Est-ce un atout de maîtriser différents registres ?

Oui. Si je suis sur un plateau télé, dans le cadre urbain du rap ou dans mes pays d’origine, le Congo et le Sénégal, je ne m’exprime pas de la même manière. De plus en plus de gens franchissent les barrières sociales. Ceux qui – par exemple – ont une origine étrangère peuvent fréquenter les élites, tout en restant proches de la banlieue. Je ne serais pas étonné d’entendre Michel Drucker sortir naturellement « c’est ouf », ou Carole Bouquet dire de quelqu’un qu’il est « relou », tellement ces mots sont devenus évidents.

 

La liberté passe-t-elle par la maîtrise du et des langage(s) ?

Il y a une oppression et une violence sociale à l’égard des moins lettrés. Les élites, elles, énoncent leurs idées avec aisance, quitte à brasser du vent. Quand on a moins de facilité à exprimer ses aspirations ça génère une frustration.

 

Langue d’écriture et langue parlée…

Pour faire du rap, il faut des qualités d’écriture, mais le texte doit être scandé. Si, à la télévision, une chroniqueuse critique des textes de rappeurs qu’elle a uniquement lus, c’est absurde ! Et ça donne lieu à des incompréhensions. Le rap, c’est à la fois une musicalité, une écriture et une expression. Mon travail consiste à les associer au mieux.

akim