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Nov / 21

Roschdy Zem passe les siens au microscope

By / Florian Dacheux /

Fresque familiale, intimiste, autobiographie, le nouveau film de Roschdy Zem se démarque par son caractère inclassable et personnel. Aux côtés de son acolyte de longue date Samy Bouajila, ainsi que Maïwenn qui a co-écrit le scénario, le réalisateur aborde le thème des rapports intra-familiaux, de la fratrie et de ses dynamiques de pouvoir.

Roschdy Zem passe les siens au microscope

De nos jours, au sein d’une grande ville française, une fratrie se retrouve autour d’un déjeuner d’anniversaire. L’un des frères, Ryad, est présentateur d’une émission sportive à la télévision. Son métier le rend trop prompt à juger et peu accessible pour sa famille qui, tout en lui portant une grande affection, lui reproche de ne pas être suffisamment en lien avec eux. Moussa, le frère aîné, admire son cadet et n’ose pas vraiment se confier à lui, livrer ses problèmes de couple ou encore lui demander de prendre sa fille en stage dans son émission. Quelques jours après ce repas, le discret Moussa sort en soirée sur la proposition de sa collègue, boit un peu trop, et fait une chute qui lui provoque une commotion cérébrale dont il sort profondément changé. À son réveil, il a perdu toute inhibition et se montre extrêmement direct, sans filtre. Sa famille ne le reconnaît plus et, surtout, la fratrie doit désormais se relayer à son chevet pour le prendre en charge, alors qu’il s’est toujours effacé devant tout le monde auparavant. Un vrai changement des rapports de pouvoir qui place les uns et les autres devant la nécessité de s’impliquer pour un élément du groupe. Face à la pression de l’événement, des non-dits émergent et poussent les personnages dans leurs retranchements.

Le rôle des femmes

D’inspiration autobiographique, le film se caractérise par sa justesse et son universalisme. On est surpris notamment par l’absence de référence culturelle liée au Maghreb, alors que tous les personnages sont visiblement d’origine algérienne. Le parti pris du réalisateur semble vouloir faire de cet élément une banalité, ce qui est plutôt rare. « C’est la famille que je connais, affirme le réalisateur. Chez moi, on ne se réveille pas le matin en disant : “Qu’est-ce que je peux faire en tant que musulman” ? Ce qui primait pour moi, c’était la réalité, celle d’êtres humains qui ont des états d’âmes, avant tout. C’est extrêmement important de se situer à ce niveau-là. C’est ce qui fait que cette famille est universelle. » Autre touche notable du film, le rôle des femmes qui apporte une grande authenticité à l’histoire, avec la présence de Maïwenn, qui a participé à l’écriture et interprète la femme de Ryad (personnage joué par Roschdy Zem), ainsi que Meriem Serbah, qui interprète la grande sœur de la famille. Elles incarnent à elles seules les figures féminines qui, trop souvent, sacrifient leurs vies personnelles pour le collectif, qu’il s’agisse de la famille qu’elles construisent ou de celles dont elles sont issues. Ces deux femmes fortes transmettent une justesse de ton, d’analyse, une proximité qui renforce l’aspect intimiste et universel du film. « Avec Maïwenn, on est tout de suite dans la chair. On théorise peu. On va à l’essentiel », précise le réalisateur qui explique avoir tiré son inspiration de l’accident dont a été victime son petit frère. « Cet événement a créé un cataclysme au sein de ma famille, qui est une famille à la fois très soudée et en proie aussi à des conflits, comme toutes les familles. » Une œuvre qui transpire le vécu, la sincérité et l’humanité.

 

Bilguissa Diallo

 

 

(Photos ©Shanna Besson)
Les Miens de Roschdy Zem, en salles le 23 novembre 2022, avec Samy Bouajila, Roschdy Zem, Maïwenn, Rachid Bouchareb. 

Florian Dacheux