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Juin / 10

L’inégalité des genres a un impact sur la qualité de la recherche

By / akim /

L’inégalité des genres a un impact sur la qualité de la recherche

À l’heure où les femmes s’affirment, il est encore des secteurs où elles ne trouvent pas leur place. La Fondation L’Oréal est engagée dans un défi clair : soutenir les femmes scientifiques. Alexandra Palt, sa directrice générale, nous communique son enthousiasme et évoque ses combats : l’égalité dans la science ainsi que la beauté comme moyen d’inclusion. 

Vous êtes juriste de formation et avez évolué dans différents secteurs professionnels, privés comme publics. Ce parcours a-t-il été un atout pour votre mission au sein de la Fondation L’Oréal ?

 

Absolument. J’ai notamment travaillé pour Amnesty International en Allemagne, ainsi que pour la Halde (1) en France. Ces expériences dans le secteur associatif et institutionnel m’ont permis de développer mon réseau, de m’imprégner des logiques de différentes structures et de faire évoluer efficacement mes projets dans un écosystème composé d’une grande diversité d’acteurs.
Aujourd’hui, j’ai choisi L’Oréal, et j’ai la possibilité de faire avancer les choses rapidement : c’est une entreprise engagée qui se donne les moyens de son engagement.

 

La Fondation L’Oréal accorde une place centrale à la question des femmes. Vous sentez-vous féministe?

 

Je me sens clairement féministe et depuis longtemps. Ma définition du féminisme c’est de se battre pour le droit des femmes. C’est un combat que j’ai commencé à mener très jeune. Par la suite, certaines de mes missions m’ont amenée à m’investir sur les questions de la diversité, des droits des minorités et de l’environnement. En rejoignant L’Oréal, j’ai eu l’occasion de poursuivre ces engagements tout en renouant avec la cause des femmes.

 

En mars 2018, vous avez déclaré au Figaro : «J’ai les moyens de faire évoluer les mentalités». Quels sont ces moyens ?

 

Pour faire évoluer le système, plusieurs facteurs sont nécessaires.
Chez L’Oréal, nous avons d’abord le soutien de notre PDG, Jean-Paul Agon. Nous disposons du budget nécessaire, de moyens humains, mais nous puisons aussi nos forces dans une culture d’entreprise résolument positive. Ici, on aime bien faire, qu’il s’agisse d’environnement ou de responsabilité sociétale : le but commun est de contribuer positivement à la société.

 

Parlons du programme L’Oréal-Unesco For Women in Science.
À la vue des chiffres, on réalise l’étendue de votre tâche. Avez-vous identifié des freins à la réussite des femmes?

 

Les freins sont nombreux et s’inscrivent dans un système complexe.
D’abord, il y a les stéréotypes. Mais aussi, comme certaines personnes le pensent, une forme d’autocensure : les femmes manqueraient de confiance en elles. Je ne partage pas du tout l’idée qu’elles portent la responsabilité de leurs difficultés.
Ensuite, il faut souligner que le monde de la science est particulièrement vertical et hiérarchique. On ne peut évoluer qu’en publiant en grande quantité et fréquemment. C’est là qu’il devient difficile de concilier vie professionnelle et vie familiale pour briser le plafond de verre.
On s’imagine également que la réussite dans la science ne serait qu’une question de talent, de connaissances, mais il faut savoir qu’il est impossible d’avancer si on a des difficultés à décrocher des financements, des postes-clés ou si on n’est pas soutenu par sa hiérarchie. Si nous menons ce combat, conjointement avec l’Unesco, c’est pour combattre la disparité des genres mais surtout pour garantir, dans le futur, une meilleure qualité de la recherche.

 

Pouvez-vous nous donner des exemples où l’absence des femmes a des conséquences sur la qualité de la recherche?

 

Dans le domaine médical, on a longtemps considéré les maladies cardiaques comme des maladies masculines. Les recherches se sont donc concentrées sur des hommes. Autre exemple : en Europe et aux États-Unis, les essais sur les voitures dans le cadre de crash-tests sont rarement effectués sur des mannequins au gabarit de femmes. Cela a biaisé les résultats de ces tests. Les femmes ont donc plus de chance de se blesser lors d’accidents de voitures.
Cette absence des femmes a des répercussions inquiétantes et notre travail consiste aussi à alerter la société, le grand public, sur cette problématique.

 

Depuis 20 ans, le programme L’Oréal-Unesco For Women in Science décerne des prix et des bourses à des femmes brillantes en France et à l’international. Aujourd’hui, vous avez décidé d’inclure les hommes dans cette bataille…

 

Nous avons un parti pris résolument inclusif : nous voulons que les hommes deviennent contributeurs mais nous continuerons à mettre en valeur ces femmes-modèles, à les former sur des sujets tels que la prise de parole, le management.
Aujourd’hui, 90 % des postes de décision sont tenus par des hommes dans le secteur de la science, il faut donc les sensibiliser et les associer à notre cause. Nombreux sont ceux qui ont très vite accepté de soutenir notre initiative : nous attendons d’eux qu’ils favorisent une culture positive et inclusive pour les femmes. Et aussi qu’ils leur donnent de la visibilité.

La Fondation est aussi engagée sur le programme Beauty for a better life. S’agit-il de faire le lien entre esthétique et social?

 

Ce programme a deux champs d’intervention.
Le premier volet vise à mettre la beauté au cœur d’un processus de reconstruction sociale et d’inclusion. Nous travaillons notamment auprès de personnes atteintes de cancer, en collaboration avec Unicancer (2) Ces patients peuvent bénéficier gratuitement de soins de beauté et de bien-être, dispensés par une socio-esthéticienne. Il s’agit d’un métier que nous avons très tôt promu tant il répondait à un vrai besoin : une approche sociale et technique du désir de beauté.
Le second volet concerne davantage des pays émergents où nous aidons des personnes fragilisées à retrouver un métier en lien avec les ONG locales. En Colombie, par exemple, de jeunes mères-adolescentes sont formées aux métiers de coiffeuse et esthéticienne grâce à une structure qui les accueille avec leurs enfants. L’année dernière, près de 3 800 personnes ont bénéficié de ce programme dans le monde.

 

Faire partie de L’Oréal est-il un atout dans ces combats contre les inégalités?

 

Bien entendu. L’Oréal défend que le désir de beauté est essentiel et non futile, comme on voudrait parfois nous le présenter. Nous disposons de l’expertise nécessaire et d’un réseau. Sur la question du droit des femmes, la Fondation L’Oréal est engagée depuis longtemps. Par exemple, notre programme For Women in Science, que nous menons en partenariat avec l’Unesco, fête cette année ses 20 ans d’action en faveur des femmes dans la science.
La nature des actions menées par L’Oréal et sa Fondation me correspond profondément et est en harmonie avec mes convictions personnelles. En prenant la direction de la Fondation, je rejoins une aventure déjà lancée et à laquelle j’espère donner une nouvelle impulsion.

 

 

1. ex Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations, devenue le Défenseur des Droits.

2. Fédération des centres de lutte contre le cancer.

Texte recueilli par Zaïa Khennouf

Image horizontale : Prix L’Oréal–Unesco Pour les Femmes et la Science 2018, 20ème anniversaire @Photo L’Oréal Fondation 

Image carrée : Portrait d’Alexandra PALT, Directrice générale de la Fondation L’Oréal, 2018 – Photo @La Fondation L’Oréal

 

 

akim