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Août / 16

KERY JAMES

By / akim /

KERY JAMES

« Si j'arrête le combat, je vais à la mort »

LE COMBAT DU NATIF D’ORLY SE POURSUIT AVEC SON ASSOCIATION ACES (APPRENDRE, COMPRENDRE, ENTREPRENDRE, SERVIR). LE RAPPEUR OFFRE JUSQU’À SIX MILLE EUROS DE BOURSE À DES ÉTUDIANTS SÉLECTIONNÉS SUR DOSSIER. AIDE POUR UNE ÉCOLE DE COMMERCE OU D’INGÉNIEURS, PROJET ENTREPRENEURIAL, STAGE DANS UN PAYS ÉTRANGER… MOT D’ORDRE RAPPÉ DANS BANLIEUSARD : “ON N’EST PAS CONDAMNÉ À L’ÉCHEC / ON EST COMDAMNÉ À RÉUSSIR.

Qu’est-ce qui a motivé cette initiative ?

Une dure réalité s’impose : beaucoup de jeunes doivent travailler et étudier en même temps, souvent au détriment de leur scolarité. On veut valoriser les études et le savoir. Avec Omar Sy et Florent Malouda (l’acteur et le footballeur parrainent l’action), on trouve cela tellement important qu’on a décidé de mettre de l’argent.

On veut éveiller la conscience des personnes des quartiers qui ont réussi : il est possible d’être solidaire, de rendre aux gens. On aimerait enclencher un système de fraternité.

C’est une suite logique de votre rap engagé ?

J’ai créé Aces en 2008, au moment où j’ai écrit Banlieusard. Pas pour me justifier… Je pense justement que ce morceau est aussi efficace, si ce n’est plus, que tout ce je peux faire avec mon association. Même en donnant des milliers d’euros.

Plus efficace qu’une action concrète ?

Une chanson, c’est une action concrète. C’est une erreur de penser le contraire. Aujourd’hui, je ne compte plus les témoignages de personnes qui me racontent que, grâce à ce morceau, ils ont tenu bon et obtenu leur diplôme, qu’ils ont surmonté une difficulté… Je ne pourrai jamais don­ner six mille euros à chaque habitant de la banlieue. Mais ce titre, ils peuvent l’écouter quand ils le veulent. C’est déjà un acte citoyen.

« On aimerait enclencher

un système de fraternité. »

Vous avez réussi sans le bac. Pourquoi la réussite scolaire est importante ?

Il ne faut pas se baser sur des exceptions pour faire des généralités. Moi, j’ai réussi à m’en sortir mais combien autour de moi sont morts, en cavale, en prison, dans la drogue…

Et il y a un autre drame humain : se lever tous les jours pour un travail que tu n’as pas envie de faire. C’est très difficile. Poursuivre des études, c’est le chemin le plus sûr pour atteindre le métier que l’on veut exercer.

Que répondre à ceux qui disent que l’école ne mène à rien ?

C’est pathétique. Lors d’une rencontre avec des jeunes, quelqu’un m’a sorti : Il y a du racisme, pas de boulot, les études et tout ne servent à rien. Je lui ai demandé s’il avait déjà cherché du travail. Il n’avait pas essayé ! Même dans l’association, chez les étudiants qui demandent la bourse, beaucoup se fixent des limites ! La vie est une succession de combats que l’on gravit étape par étape. On ne reste pas bloqué à la première en se disant que la dixième est fermée. On est obligé d’essayer, rien que pour son épanouissement personnel.

Kery James en atelier à Drancy avec D’ailleurs et d’ici

En quoi ton association s’inscrit-elle dans l’affirmation d’une France plurielle ?

On aide tous ceux pour qui les études supérieures sont trop chères. En banlieue, en province ou en Outre-Mer. Lors du concert solidaire d’avril 2015 à Paris, les trois lauréats, Alexandre, Fatoumata et Myriam, étaient d’origines différentes. En janvier, on était en Guyane. En tant que banlieusard, je ne vais pas reproduire les mêmes discriminations que j’ai subies. Avec le temps, je prends conscience que ce n’est pas une question de race, de couleur, mais d’argent et de pouvoir. On assiste à un vieux combat entre une espèce de noblesse et le reste de la société.

Situation économique difficile, attentats de janvier… Qu’est-ce qui te pousse à continuer le combat ?

J’ai plein de raisons de le faire… « Arrête de te mouiller autant » ? J’y ai pensé. Je ne peux pas. Je n’ai pas le choix. Le combat de la vie, c’est jusqu’à la mort. Franchement, si j’arrête, je vais à ma mort sociale et spirituelle ! Mais c’est vrai qu’avec tous ces événements, il est difficile de voir l’avenir positivement. Si on reste négatif, le résultat sera forcément catastrophique. Aux jeunes, je cite souvent ces sages paroles : Ce que l’on ne peut pas obtenir en totalité, on ne l’abandonne pas entièrement. 

Le combat continue coûte que coûte ?

Coûte que coûte.

RETROUVEZ CET ARTICLE DANS LA REVUE PAPIER NUMÉRO 2

Texte recueilli par Aziz Oguz

Grandes images : Belka

 

 

akim