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Oct / 20

Panama Al Brown débarque sur tablettes et smartphones !

By / akim /

Panama Al Brown

débarque sur tablettes

et Smartphone !

Président de la société Bachibouzouk, Laurent Duret est un producteur protéiforme. Il a soutenu de nombreux documentaires comme Noir est la couleur ou Les Mots Doux. En plus de formats classiques destinés à la télévision, Laurent Duret produit de nouvelles créations numériques. Outre la web-série Noire Amérique pour Arte Creative, suite au mouvement Black Lives Matter, il vient de sortir Panama Al Brown. Cette superbe bande dessinée interactive (et mise en musique) pensée pour tablettes et téléphones portables, raconte l’histoire du boxeur panaméen Alfonso Teofilo Brown. Noir et gay, voilà un champion du monde hors du commun durant la première moitié du XXe siècle. Vivant à Paris, il était devenu l’amant de l’écrivain Jean Cocteau. Cette histoire est racontée dans Panama Al Brown, le surnom du pugiliste, disponible sur les supports numériques de Arte depuis le 24 septembre dernier (https://panamaalbrown.com/).

Laurent Duret en est convaincu : l’espace de création est aujourd’hui beaucoup plus grand sur le numérique qu’à la télévision. Espérons que ces nouvelles écritures laissent plus de chances à des récits alternatifs et des auteurs issus des minorités.

Comment est née la bande dessinée Panama Al Brown ?

Un jour, l’auteur-réalisateur Jacques Goldstein, avec qui j’ai travaillé, me parle de l’histoire de ce boxeur. Il avait d’abord pensé à réaliser un documentaire traditionnel pour la télévision. Sans arriver à le monter auprès des chaines qui avaient toujours de bonnes excuses pour le refuser… Moi, je trouvais cette histoire incroyable. Sauf qu’il y avait un souci : on avait des archives formidables mais il nous manquait plein de matières.  On a donc cherché une solution. Et là on a eu l’idée de faire une bande dessinée, où on mélangerait archives et dessins. Dans un premier temps, on en a parlé aux éditions Sarbacane qui a trouvé l’idée intéressante. L’éditeur a mis en lien Jacques Goldstein et le dessinateur Alex W. Inker. Ils ont coécrit un scénario et publié la BD en septembre 2017. Elle a été vendue à plus de 15 000 exemplaires. Mais on avait toujours le projet d’en faire une BD numérique. On est parti du constat que les gens regardent de moins en moins la télévision. On a donc voulu raconter une histoire pour l’écran que les gens regardent le plus : leur téléphone portable.

Est-ce que cela coûte moins chère de faire une BD interactive ?

C’est pareil. Pour Panama Al Brown, on a d’abord dû créer la matière, c’est-à-dire la bande dessinée. Ensuite, la version numérique a un coût. En plus de l’auteur, il y a l’illustrateur, la réalisatrice, l’achat d’archives, le montage, la musique originale, etc. Grosso modo, les coûts sont similaires.

Est-ce qu’une BD interactive est mieux qu’un film documentaire ?

Le récit change selon le support. Celui de la bande dessinée est différent de la version numérique, ne serait-ce que parce qu’on y intègre des archives et de la musique.

Aujourd’hui, le public d’Arte a 60 ans. La moyenne d’âge des téléspectateurs vieillit. On s’est donc demandé comment on pouvait raconter une histoire à un jeune public qui ne regarde plus la télévision. Moi, mes enfants regardent des ordinateurs ou des écrans portables. Ils sont sur Youtube, Instagram ou Snapchat. Ils consomment toujours des contenus. Comment fait-on pour raconter des documentaires sur ces nouveaux réseaux ?

On a intégré plusieurs paramètres dans notre travail. D’abord, plus personne ne télécharge des applications, sauf celle de la RATP. On a pensé à publier le récit sur un site. Ensuite, le contenu est long. Il fait environ 50 minutes de lecture. On l’a donc découpé en épisodes.

On a aussi investi l’ensemble des réseaux sociaux. Beaucoup de gens passent du temps sur Facebook ou Twitter à faire un mouvement qui va de haut en bas. Nous avons utilisé la même mécanique pour raconter une histoire. Au lieu de raconter l’histoire d’un chat qui tombe dans la baignoire, on a créé une histoire avec du sens et de la profondeur.

Quelle est la pertinence de nouer des partenariats ?

On a cherché à dépasser le seul public d’Arte en faisant des partenariats avec l’Équipe et Têtu. Et à travers ces communautés, on essaye de viraliser le programme pour ne plus se cantonner à un seul espace. Evidemment, Arte reste le média principal.

La télévision est-elle amenée à disparaitre ?

Elle ne disparaitra pas. Comme le cinéma n’a pas disparu quand la télévision est apparue. Les formats sont complémentaires. Selon l’histoire, il y aura un format qui sera davantage adapté. Aujourd’hui, en tant que producteur, on réfléchit à raconter des histoires sur d’autres supports et d’autres médias. Mais on continue à penser télévision parce que cela reste un média formidable.

Est-ce que ces nouvelles formes d’écriture permettent de faire éclore de nouveaux auteurs et de nouveaux sujets ?

Oui, j’en suis persuadé. Surtout qu’on a une beaucoup plus grande liberté éditoriale qu’à la télévision où il y a des formats, des cases. Nous connaissons aujourd’hui une crise profonde de notre télévision qui perd ses téléspectateurs. Alors que sur les nouvelles écritures numériques, vous voyez des expériences et des créations absolument formidables. Il y a un grand foisonnement. Et la jeune génération s’accapare ces nouveaux formats. 

Les télévisions suivent-elles ces évolutions ?

Arte est par exemple très en avance. Ils ont diffusé le documentaire Été uniquement sur Instagram (https://www.instagram.com/ete_arte/?hl=fr). Il y a eu deux saisons qui ont très bien marché. France Télévision a un département sur les nouvelles écritures, avec plusieurs entités (http://nouvelles-ecritures.francetv.fr/): Slash avec des vidéos verticales, IRL pour In Real Life qui promeut des documentaires et Studio 4 qui propose des web-séries. TV5 Monde et Le Monde ont également fait des choses.

Aux États-Unis, le New-York Times est très en avance. Le média américain produit des formats courts et des documentaires. Il fait des « Op-Docs », des opinions documentaires.

On peut citer le magnifique film I have a message for you, racontant l’histoire d’une femme qui a survécu à la Shoah, sélectionné pour les Emmy Awards 2018.

Les créateurs contournent-ils les chaines de télévision ?

Aujourd’hui, il y a plein de créateurs qui font des choses ailleurs qu’à la télévision. Les Russes Mikhail Zygar, Karen Shainyan et Timur Bekmambetov ont créé 1968.digital (https://www.liberation.fr/video/2018/04/25/1968-version-mobile-episode-1-martin-luther-king_1645761). Ils vous plongent dans le téléphone portable de Martin Luther King. Cela a marché du feu de dieu et diffusé en France par Libération avec l’INA. Il y a aussi des youtubeurs qui produisent des créations de qualité, faisant des centaines de milliers de vues. D’ailleurs, le Conseil national du cinéma (CNC) a créé une aide pour les youtubeurs et les nouveaux médias. On voit aujourd’hui une grande richesse de création sur Internet.

Propos recueillis par Aziz Oguz

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