Leurs 5 musées du Monde

Mai / 20

Leurs 5 musées du Monde

By / akim /

LEURS

5 musées

DU MONDE

MES MUSÉES DU MONDE #1 

Par Françoise Vergès,

Intellectuelle engagée sur un travail décolonial.

  • Le musée de l’histoire et de la culture africaine-américaine, Washington – pour l’architecture, la collection, la manière dont elle est présentée.
  • Le musée national d’anthropologie de Mexico City – pour son architecture époustouflante (comme plusieurs musées en Amérique du sud) et sa collection totalement saisissante des mondes maya, aztèque, olmèque, nahua, toltèque et du Teotihuacan. C’est merveilleux
  • Le Musée national de Taipei – pour sa collection d’objets, de peintures chinoises du 11ème siècle et plus tard absolument merveilleuses et de bijoux. Une grande partie de la collection a été prise à la Cité interdite par Chiang kaï-sheck quand ce dernier a fui la révolution chinoise et a gagné Taïwan où il a installé une dictature.
  • L’Inhotim, Brumadinho, Brésil – pour son architecture, son parc, sa collection.
  • Le Musée Nezu, Tokyo, Japon – pour son jardin

C’est un classement qui a été très difficile à faire car je visite beaucoup les musées, tous les genres de musée même tout petits, même situés dans de petites villes ou des villages. J’ai un faible pour les musées de tissus et d’artisanat, je peux faire de grands détours pour les visiter. Je suis très sensible à l’architecture d’un musée, à la manière dont est conçu l’accueil. J’ai choisi des musées non-européens et pourtant je visite aussi les musées de ce continent.

Ce qui m’intéresserait dans un musée à construire au 21ème siècle serait de penser comment raconter visuellement, de manière sensorielle, en partant du présent puis en tirant les fils du passé, les vies des « anonymes », des personnes réduites en esclavage et sous la colonisation, de mettre à jour les routes sud-sud contemporaines où circulent pensées, images et sons.

MES MUSÉES DU MONDE #2 

Par Pascal Blanchard,

Historien, membre du collectif ACHAC.

Première étape de ce voyage, Washington. Le National Museum of African American History and Culture (NMAAHC) : inauguré en septembre 2016 par Obama, le projet a démarré en 2003 à l’initiative de George W. Bush, après cinquante ans de luttes. Il a fallu treize ans pour voir cette instruction majeure achevée. Comme l’expliquait Rhea L. Combs, conservatrice du musée en 2015, «Pendant longtemps, le groupe dominant, l’homme blanc d’origine européenne, a choisi de ne pas inclure cette histoire dans le récit national ». Pourtant dès 1929 le Congrès américain votait une résolution pour financer un lieu dédié aux Africains-Américains, mais la crise économique rendit le projet caduque. Le lieu est étonnant par son ergonomie, et fort politiquement. Ce qui marque le plus, c’est un wagon de train d’avant et d’après-Première Guerre mondiale, avec des sièges réservés aux «Noirs» et d’autres aux «Blancs»… L’installation a été mise en place avant la construction du musée ; celui-ci donc été construit autour. C’est un excellent «modèle» de la démarche que pourraient entreprendre les Français pour mettre au cœur de notre société la question coloniale dans un pays qui n’a toujours pas de musée dédié. Autre institution, la Memorial ACTe à Pointe-à-Pitre, autour de l’esclavage et ses mémoires, inauguré en 2015. Ce lieu vient de passer de statut régional à national. Sa situation sur l’ancienne usine sucrière Darboussier, symbole de la ville, de l’économie de plantation et d’esclavage, permet de plonger le visiteur dans un passé jusqu’alors invisible. De l’autre côté de l’Atlantique, à Bruxelles, poursuivons notre voyage avec l’AfricaMuseum(ancien musée royal de l’Afrique centrale). Il vient de subir un profond lifting pour passer d’une identité coloniale (issue de l’exposition de 1896) à une identité ouverte aux temps postcoloniaux. Une mutation complexe, qui n’est pas sans déclencher des débats sur le trop ou le pas passé. Le musée a selon moi plutôt réussi sa mutation… et ce n’était pas gagné. On y flotte entre deux mondes, deux temporalités : le visiteur doit se questionner sur ce lien entre passé et présent. Un lieu à voir avec un esprit critique, mais en se rappelant où il en était il y a encore 20 ans… un musée alors «totalement» colonial. Ensuite direction Marseille. Sur le port, une architecture hors du commun réveille une ville : c’est le Mucem. L’identité métisse du musée en fait un lieu hors du commun, tant par les expositions proposées que par la programmation culturelle qui ose aller vers des espaces novateurs. Enfin, dernier lieu où j’aime aller, où la mémoire est cette fois-ci brute, c’est le jardin colonial de NogentLieu d’histoire assez incroyable où l’on découvre les vestiges de l’exposition coloniale parisienne de 1907. Tout est encore là, du moins les restes des pavillons coloniaux d’alors.

Des pavillons dont certains, pendant la Grande guerre, sont devenus des lieux hospitaliers pour les blessés «indigènes». C’est là aussi que l’on découvre l’une des plus anciennes mosquées de Paris afin de répondre aux attentes des blessés du conflit. C’est dans ce jardin, enfin, que l’on trouve sous un arbre, dans un flot de buisson ou dans une petite clairière, les monuments aux morts des soldats coloniaux de la Grande guerre. Ce jardin de 4,5 hectares dissimule, dans une nature à moitié sauvage, des vestiges oubliés du passé colonial. Le jardin a été inscrit en 1994 à l’Inventaire des Monuments historiques et ce n’est qu’en 2002 que la Ville de Paris et le ministère de l’Agriculture sont parvenus à un accord pour le valoriser. Des allées piétonnes ont été délimitées et des périmètres de sécurité dressés, le pavillon de l’Indochine -créé en 1907 pour l’exposition coloniale- a été restauré. Mais le reste est en ruines ou à l’abandon. C’est pourtant là que l’on voit et que l’on comprend le mieux ce passé colonial de la France. Ce lieu qui n’est pas un musée, mais qui fait mémoire vient conclure ce voyage dans les lieux qui écrivent aux quatre coins du monde un autre récit au passé. 

Crédit photo Françoise Vergès : Jean-Luc Lubrano. DR

akim