Sport pour tous·tes à la Grange aux Belles">
Mai / 01
De l’aveu de nombreux connaisseurs, le sport peut jouer un rôle majeur sur le plan de l’inclusion et de la lutte contre toute forme de discrimination. Encore faut-il pouvoir compter sur de bonnes âmes : nous en avons rencontré à la Grange aux Belles, un quartier méconnu et populaire de Paris, où un important tissu associatif favorise une pratique sportive dans l’espace public pour toutes et tous.
RÉPARER NOTRE EXCLUSION DES DIFFÉRENCES
Sport pour tous·tes
la croisade contre
à la Grange aux Belles
Un samedi de septembre. Il est 11 heures et le soleil illumine les cornouillers du square Amadou Hampaté Bâ, du nom de ce grand ethnologue malien et ambassadeur de la tradition peule. Nichés en plein cœur du quartier de la Grange aux Belles, les lieux abritent des familles aux horizons multiples. De toutes cultures et origines. Un quartier méconnu de l’intra-muros parisien, intimement représentatif de la France plurielle, pour lequel s’engagent des dizaines d’acteurs. Ici, à deux pas des cafés branchés et concept stores du Canal Saint-Martin, on s’organise depuis plusieurs années pour réparer le manque de mixité sur les terrains de sport en accès libre. Un défi entamé en marge de la crise sanitaire du Covid-19, bien avant la hype des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. « Le but, c’est de créer davantage de passerelles entre les tournois de sport classiques et la visée réflexive sur plusieurs sujets de société, confiait en 2019 Jeanne Baxerres, ex-chargée de développement local pour la mairie du Xe. Notre objectif est de travailler en direct avec les habitants, de rapprocher les jeunes en difficulté des institutions, de faciliter l’accès aux droits, à l’offre culturelle et aux dispositifs de formations qualifiantes. C’est un quartier très chouette, qui reste malgré tout dans une forme d’enclavement. Un quartier où il y a des difficultés mais dont nous sommes fiers. On y retrouve une vraie solidarité. »
Dialogue
Cette solidarité, Bakidi Ebuya, une figure de la GAB, le surnom du quartier, la porte en lui depuis de nombreuses années. Avec deux amis d’enfance, il a fondé l’association Come on Son dans l’idée d’utiliser le football pour lutter contre les phénomènes de rixes. « Nous-mêmes, plus jeunes, on remarquait que nos matchs nous unissaient, observe ce coordonnateur de classes relais, profondément marqué par la mort d’un jeune de la Grange aux Belles à la suite d’un pugilat entre bandes rivales en juillet 2018. Par le foot, on apprend à se connaître, on devient amis. On ne s’est jamais embrouillé avec un quartier avec qui on a partagé un foot. Quand il y avait des altercations, ça finissait toujours par du dialogue car on avait partagé un beau moment. Nos tournois forcent cette rencontre : elle ne se fait pas naturellement car les jeunes de quartier restent souvent clivés. » Alors que son association multiplie les tournois en partenariat avec Gadiaga Sport Academy, Bakidi a toujours vu bien plus loin que le simple ballon rond. « Quand ce jeune, qui travaillait avec talent en pâtisserie, est mort, on a dit Stop. Il était juste au mauvais endroit et au mauvais moment. Ces problèmes de rixe, on sait d’où ça vient : de l’ennui. Avec nos matchs, nos jeunes se préparent, ils se couchent tôt la veille, reprennent une alimentation saine et le goût du sport. Certains se réinscrivent en club. Et le club, c’est une hygiène de vie, deux ou trois entraînements par semaine, des rencontres en dehors du quartier. Tu te remets dans une vie sociale, tu évoques tes envies, tu crées de nouveaux contacts qui peuvent, pourquoi pas, t’apporter un stage ou un boulot. Cela redonne de la motivation. » Come on Son agit également sur le volet de l’entrepreneuriat dans la musique. Des jeunes talents participent à des scènes ouvertes à l’issue de certains tournois de foot, rappelant les sessions Open Mic organisées ici même par DJ Chabin de 1983 à 1987 ou encore les paroles de Doc Gynéco qui n’hésitait pas à citer la GAB dans son album Première Consultation sorti en 1996. D’autres se forment aux métiers de la musique, de l’ingénierie sonore au management. « Dans le foot, il y a beaucoup d’échecs et il faut conserver un plan B. C’est pourquoi on a mis en place un contrat de réussite qui permet d’accompagner un jeune vers l’aboutissement de son projet professionnel, avec de l’aide aux devoirs et des pistes pour des formations. »
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Cet article, dans son intégralité, est publié dans notre livre Les Réparateurs, coordonné par Florian Dacheux, en librairie et sur toutes les plateformes en ligne.
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