Août / 25
C’est l’histoire de deux frères, à l’ombre d’une cité. Deux destins ancrés dans leur quartier. L’un d’eux aurait-il croisé la route de l’extrême droite, jusqu’à l’embrigadement ? Un texte intense, tendre et violent, une histoire familiale dans la France de 2023. Le deuxième roman de Rouda sort ce 28 août.
Rouda : « En parlant de l’extrême droite, je suis vraiment dans la réalité »
Le 26 août 2025,
Nous allons parler de votre deuxième roman, mais est ce que c’est vraiment le deuxième ? Y-a-t-il eu avant Les mots nus (Liana Levi) d’autres textes écrits mais non édités ?
Rouda : Non, c’est vraiment mon deuxième roman. Mon entrée en littérature est super récente. Elle a été déclenchée par ma rencontre avec Liana Levi. Je ne m’attendais pas à un jour à écrire un roman. Je ne m’attendais pas à finir ce roman, à signer et, encore moins, à ce que ce roman sorte. Après cette première expérience, Les mots nus, je me suis senti plus en confiance. J’avais surtout le désir profond de retrouver ce plaisir immense de l’écriture romanesque, un peu comme un toxico qui doit retrouver un certain état, une intensité que j’ai retrouvée d’ailleurs avec l’écriture des Jardins perdus. Moi, je suis rarement aussi heureux que quand j’écris. C’est une espèce d’ambivalence extrêmement solitaire. Cette manière d’être connecté à l’environnement – j’ancre mes récits dans une réalité – et en même temps d’être solo en permanence.
La réalité politique a un vrai impact sur vos sujets…
Oui, c’est un mélange d’intime et de politique. Je m’inspire beaucoup de mon histoire personnelle, assez typique d’un jeune de quartiers populaires. Et en même temps, je prends beaucoup de distance, parce que la fiction permet de mentir, de tricher, d’habiller des personnages avec d’autres vêtements, de les mettre dans des situations qu’on n’a pas forcément vécues, qu’on aurait aimé vivre ou qui ont été vécues par d’autres.
Dans vos deux livres, il y a beaucoup de choses dites, mais aussi beaucoup de pudeur dans la manière de les dire, même si elles peuvent être violentes par moment, même si elles peuvent être difficiles, on sent toujours, non pas une retenue, mais une pudeur.
Oui c’est vrai. Alors ce que vous appelez pudeur, moi je l’appellerai peut être ellipse. Laisser la lectrice et le lecteur s’emparer du récit… ce sont des blancs laissés dans l’histoire pour que les lectrices et lecteurs puissent les compléter.
En lisant ce deuxième texte qui nous raconte deux frères, j’ai eu parfois l’impression d’une seule personne divisée en deux. C’est une vue de mon esprit ou c’est quelque chose qui vous parle?
Ça me parle beaucoup ! Pourtant, je n’y avais pas pensé. Ce n’est pas une volonté, ça doit être de l’ordre de l’inconscient mais, oui, ça me parle. J’avais vraiment à cœur de raconter cette histoire de fraternité. D’interaction. On se reconnaît tous un petit peu dans les histoires de familles, à la fois attirantes, repoussantes, calmes et impétueuses. Elles sont au cœur de ce qu’on est, de ce qui nous constitue.
L‘intime et le politique, ça se percute dans Les jardins perdus…
L’extrême droite est ultra présente, elle fait partie intégrante de notre paysage politique. Le FN, puis le RN, se sont d’abord banalisés, avant de se rendre désirables. Et ils sont là. Ils n’ont jamais été aussi proches du pouvoir. C’est aussi un miroir de ce qui se passe à l’échelle de la planète. Et je pense que c’est un sujet dont la littérature s’est encore peu emparée. Dans Les mots nus, je racontais l’histoire d’une révolte populaire. C’était un peu une vue de l’esprit. Là, je suis vraiment dans la réalité. Je me suis beaucoup documenté. En tant que citoyen et aussi en tant qu’auteur, c’est un sujet dont il est nécessaire de s’emparer. C’est une urgence.
Recueilli par Marc Cheb Sun
© Henri Coutant
Les jardins perdus, Rouda, Éditions Liana Levi.
