<span class=Révoltes intimes à la Scala Paris">

Nov / 08

Révoltes intimes à la Scala Paris

By / Zaïa Khennouf /

Cet automne, La Scala Paris s’offre une rentrée pleine d’âme, d’humour et de passion. Deux artistes y déploient notamment leur univers : le danseur et chorégraphe Rubén Molina, qui fait dialoguer flamenco, théâtre et révolte intime dans La Salida, et Mickaël Délis, comédien-auteur qui signe trois solos acides et tendres autour d’une autre masculinité possible. Deux artistes que tout semble opposer (l’un sculpte l’espace, l’autre la parole) mais qui, chacun à sa manière, font du corps le lieu d’une vérité nue.

Révoltes intimes à la Scala Paris

L’un parle avec ses talons, l’autre avec ses mots. Mais chez Rubén Molina comme chez Mickaël Délis, il s’agit d’habiter le corps pour mieux dire le monde. Tous deux affrontent les contradictions de notre époque : l’identité, le genre, la filiation, la liberté — et les transforment en matière poétique.

 

Le flamenco en liberté 

 

Quand il entre en scène, Rubén Molina emporte tout : l’air, la lumière, les battements du sol. Sa danse brûle sans consumer, raconte sans mots. Passé par les grandes compagnies espagnoles, Molina a fait le tour du monde avant de poser ses valises à Paris. Ici, il a trouvé une nouvelle maison, un autre rythme, une façon d’inventer le flamenco à sa mesure : un art à la fois ancestral et furieusement contemporain. 

La Salida (littéralement, « la sortie ») n’est pas une fuite mais une délivrance. Sur scène, sept artistes forment une communauté vibrante, habitée par le souffle du flamenco mais ouverte à d’autres langages : la danse contemporaine, la poésie du geste, la musique live. Tout est organique, tout respire.

La pièce raconte l’exil, l’identité, la résilience, sans jamais prononcer ces mots. Elle avance comme une pulsation, un battement de cœur partagé. Et sous les lumières chaudes, les talons frappent comme des appels. Molina y célèbre les invisibles, les marginaux : les siens, les nôtres, ceux que l’on tait trop souvent. 

Danseur principal et chorégraphe, il porte en lui la mémoire andalouse et l’énergie d’un monde métissé. Sa danse n’est pas seulement virtuose : elle est habitée. Elle vient du ventre, des souvenirs, des blessures. S’en dégage alors une forme rare de vérité : celle du corps qui se bat pour rester vivant.

Un flamenco sans folklore ni caricature, traversé de modernité, de rage douce et d’une grâce qui bouleverse.

 

 

La Salida – 25 novembre 2025 

La Scala Paris (19h & 21h)

Rires et vertiges au masculin

 

De l’autre côté du plateau, un autre corps s’avance. Celui de Mickaël Délis, comédien, auteur et metteur en scène, seul face à lui-même. Dans Le Premier Sexe et La Fête du Slip, il mène une exploration aussi drôle que vertigineuse de la masculinité. C’est du théâtre, mais c’est aussi une confession. Une traversée pleine de chutes et de renaissances, où l’on rit beaucoup : de lui, de nous, de tout ce qu’on croyait savoir sur “les hommes”. 

Délis y reprend avec légèreté le fil de sa propre histoire pour déconstruire les codes du masculin. Il retrace son apprentissage de la virilité : la force qu’on impose, la faiblesse qu’on cache, la peur qu’on dissimule derrière les postures. Mais ici, pas de discours ni de leçon : juste un homme qui se raconte avec intelligence et autodérision. C’est un théâtre du partage, de l’intime rendu universel. 

Puis vient La Fête du Slip, deuxième volet de sa trilogie. Le ton se fait plus cru, plus charnel, mais toujours tendre. Délis s’attaque à la question du corps masculin : sous le rire, il se confronte à la fragilité, à la peur de ne pas être “à la hauteur”, et déjoue les obsessions d’un monde qui mesure encore la valeur d’un homme à sa puissance. Un plaidoyer pour la vulnérabilité comme force, et la tendresse comme salut.

Dans le troisième volet de sa trilogie, Les Paillettes de leur vie, ou la paix déménage, il s’attaque à la figure du père, ultime pilier du patriarcat. Cela parachève ce grand voyage au cœur du masculin par une quête d’apaisement.

Ce qui frappe, chez lui, c’est cette justesse d’équilibre entre humour et profondeur. Délis n’assène rien, il questionne. Il fait de sa parole un lieu de réparation collective. Prof de théâtre, auteur publié, acteur pour France Culture et metteur en scène, il revendique un théâtre “pauvre” mais incandescent : un théâtre de mots, de gestes et de lumière.

 

Zaïa Khennouf

 

Le Premier Sexe – du 9 septembre au 30 décembre 2025

La Fête du Slip – du 12 septembre au 31 décembre 2025

Les paillettes de leur vie – jusqu’au 3 janvier 2026

La Piccola Scala, Paris

 

© Marie Charbonnier / Anto Terrizzano

Categories : Culture, News
Étiquettes : , ,
Zaïa Khennouf