<span class=Reconnaître le traumatisme psychique du vécu raciste">

Fév / 24

Reconnaître le traumatisme psychique du vécu raciste

By / Ekim Deger /

Une conférence intitulée “Racisme et traumas psychiques ; Pour une réparation médicale, sociale et juridique systématique” organisée par l’IEAC (Institut d’Etudes et d’Actions Citoyennes) s’est tenue à l’Assemblée Nationale le jeudi 12 février dernier. Et ce en présence de la députée Danièle Obono qui vient de déposer une proposition de résolution afin que le traumatisme psychique du vécu raciste soit reconnu légalement et pris en charge.

Reconnaître le traumatisme psychique du vécu raciste

Cette conférence (placée sous son haut patronage) consiste à faire avancer le travail parlementaire », affirme la députée Danièle Obono en introduction. Parmi les invités, la journaliste et militante Rokhaya Diallo insiste sur la question du déni qui existe encore au sein de la société française concernant le racisme : « Les enfants sont très sensibles aux questions liées au racisme aujourd’hui. Il s’agit de rendre visible toutes formes de discriminations ».  L’objectif de l’Institut d’Etudes et d’Actions Citoyennes est de former un maximum d’experts sur ces questions. Il s’articule sur trois axes principaux : le soin et la proximité, avec un réseau d’experts  pour une prise en charge systématique des victimes ; la justice et la réparation, avec une proposition de résolution actuellement à l’étude pour la reconnaissance de ces préjudices ; la reconstruction, avec un accompagnement global pour que chaque victime retrouve pleinement sa place dans la société. 

La psychiatre à l’origine de la création de l’Institut, Fatma Bouvet de la Maisonneuve, évoque la question de l’hypersexualisation des femmes arabes et noires. L’intériorisation des mécanismes de discrimination peut, selon elle, déboucher sur des formes de masochisme, voire d’auto-censure. Rendre la psychiatrie sensible aux questions liées aux diversités culturelles – notamment concernant le soin des enfants des migrants.

 

Mécanismes de défense

De son côté, l’avocat Hosni Maati insiste sur la question de la réparation intégrale du préjudice. La députée Obono évoque l’idée de proposer un texte de loi transpartisane. Tout au long de la conférence, la question de la transmission de la fierté des origines revient régulièrement. Pour les jeunes racisé-es, notamment issus des quartiers populaires, développer des mécanismes de défense leur permettant de ne pas totalement décrocher face aux mécanismes exclusifs de domination de la société est une nécessité. L’historien Olivier Le Cour Grandmaison, spécialiste notamment de la Révolution Française et de l’histoire coloniale, pointe un paradoxe dès le début de son intervention : « Nous nous trouvons juste à côté d’une salle qui porte le nom de Colbert, à l’origine du Code Noir. Comment une salle peut-elle encore porter ce nom à l’Assemblée Nationale aujourd’hui ? », s’exclame-t-il. L’historienne Delphine Peiretti-Courtis insiste sur le fait qu’il faut revenir à l’histoire de l’esclavage et du colonialisme pour combattre les stéréotypes racistes qui ressurgissent de manière latente : « La question de la mémoire coloniale est primordiale ». Enfin, pour la député écologiste Léa Balage, la question du racisme et des discriminations en entreprise est essentielle : « Nous devons adopter des stratégies afin de prévenir et de sanctionner celles-ci. »  

 

 

Ekim Deger

© Emna Khaldi

Danièle Obono, au sujet de la proposition de résolution : 

« 1,2 millions de personnes sont victimes de racisme chaque année en France. D’après une enquête de l’INSEE de novembre 2024, 56% des victimes de discriminations en raison des origines, de la couleur de la peau ou de la religion, déclarent que cela a eu des conséquences psychologiques sur leur vie. Le traumatisme psychique lié au vécu raciste, c’est : l’anxiété chronique, le sentiment d’insécurité permanent, la perte d’estime de soi, le trouble du sommeil. Cette proposition de résolution a pour objectif d’obtenir une reconnaissance officielle et légale du traumatisme psychique du vécu raciste. Les professionnels pourront ainsi s’en saisir, et les victimes pourront bénéficier d’une prise en charge adaptée et d’une réparation intégrale. »

Ekim Deger