Jan / 01
RDV DE ZAIA : trois shows pour l’hiver
#LES RDV DE ZAIA sont de retour !
Il y a des périodes où l’agenda culturel parisien semble se diluer dans une abondance de propositions. Et puis il y a ces moments où trois œuvres très différentes, mais étonnamment complémentaires, dessinent une ligne claire, une direction sensible : tenir, écouter, dire. C’est ce que proposent La Fin du courage au Théâtre de l’Atelier, le concert de Dafné Kritharas au Châtelet, et La chair est triste hélas, également à l’Atelier (mais aussi en tournée dans plusieurs villes). Trois créations qui ne partagent ni esthétique ni discipline, mais qui, chacune à leur manière, parlent d’un même besoin contemporain : retrouver une forme de sincérité, d’ancrage, de présence.
La Fin du courage : philosophie incarnée et théâtre du redressement
Adapter un texte philosophique (librement inspiré de l’essai éponyme de Cynthia Fleury) à la scène relève souvent du défi : comment rendre sensible ce qui, à l’origine, prend la forme d’un raisonnement ? Ici, la réponse tient dans un choix clair : faire du courage un corps, et non une abstraction. Sur le plateau dépouillé de l’Atelier, la parole circule sans artifice. Il y a quelque chose d’exigeant, mais aussi d’accueillant : une volonté de transmettre un contenu précis sans jamais perdre le spectateur. La mise en scène joue la carte de la sobriété – lumière travaillée, rythmes calmes, présence affirmée des interprètes. On sent le désir de créer un espace où la pensée puisse s’ouvrir, respirer, se risquer. Le texte interroge le découragement, la lassitude démocratique, le sentiment d’impuissance : autant de réalités qui traversent notre époque. Mais plutôt que d’accabler, le spectacle cherche à outiller : comment se relève-t-on ? Comment continue-t-on ? Où se niche le courage quand le monde semble fléchir ? Entre philosophie et théâtre, l’écriture donne forme à une expérience intérieure qui devient collective. L’impact tient à cette sensation rare : celle d’assister à une mise en scène qui considère le spectateur comme un partenaire de pensée. On se redresse, on fait face.
Quand ? Du 17 janvier au 8 mars 2026
Où ? Théâtre L’Atelier, Paris
Billets : Ticketac, Ticketmaster ou Théâtre L’Atelier
Dafné Kritharas : une voix qui porte des continents, une scène qui devient un lieu de mémoire
Dafné Kritharas s’impose désormais comme l’une des voix les plus remarquées de la scène musicale méditerranéenne. Il n’est plus rare que ses concerts affichent complet bien avant leur annonce officielle. Ce succès n’a rien d’un engouement passager : il repose sur une singularité artistique évidente. Sa voix – ample, limpide, conduite avec une précision remarquable – a quelque chose de profondément narratif. Elle semble porter avec elle des fragments de mythologie, des deuils anciens, des fêtes sur les quais, des départs à l’aube. Sans jamais tomber dans la nostalgie, elle incarne une Méditerranée vivante, plurielle, traversée de routes et de mémoires. Le concert au Châtelet donne l’occasion de découvrir un univers où le chant dialogue avec des instruments venus de Grèce, d’Anatolie, des Balkans et du Moyen-Orient. Les rythmes impairs, les lignes mélodiques sinueuses, les arrangements soignés composent une musique qui évoque autant les racines que l’avenir. Ce qui touche le plus, peut-être, c’est l’histoire personnelle de l’artiste, qui affleure sans jamais être exhibée. Une enfance entre deux cultures, un drame fondateur, un exil intérieur qui devient force créatrice. Sur scène, cela se traduit par une présence calme mais intense : Dafné chante avec une concentration presque rituelle, comme si chaque note devait ouvrir un espace pour que le public y entre à son tour. Son concert prend alors la forme d’un voyage, mais d’un voyage intérieur, qui laisse dans son sillage quelque chose de doux, de solide, d’apaisant.
Quand ? Le 19 janvier 2026
Où ? Théâtre du Châtelet, Paris
Billets : Ticketmaster ou Théâtre du Châtelet
La chair est triste hélas : l’intime comme révolte, Anna Mouglalis en éclaireuse
Le titre, emprunté à Mallarmé, annonce la couleur : il s’agit de la chair, du désir, de la fatigue des corps, mais aussi de leur puissance. Le texte d’Ovidie aborde la sexualité féminine avec une franchise rare, en interrogeant les injonctions, la violence symbolique, les attentes dont sont chargées les relations hétérosexuelles.
C’est un récit de rupture, certes, mais surtout un récit de reprise : reprendre possession de sa parole, de son corps, de sa trajectoire.
Sur scène, Anna Mouglalis donne au texte une densité nouvelle.
Sa voix grave, immédiatement reconnaissable, installe une tension maîtrisée. Sa gestuelle est précise, mesurée, jamais démonstrative. Elle avance dans le monologue comme on avance dans une pièce sombre : avec détermination, mais aussi avec prudence.
La scénographie, très épurée, laisse la place au face-à-face entre l’actrice et le public. Aucun artifice : seulement la parole, la lumière, et ce mouvement subtil entre fragilité et souveraineté.
C’est ce dépouillement qui donne au spectacle sa force : le texte ne se cache pas. L’actrice ne se cache pas. Et le public, finalement, ne peut plus se cacher non plus.
En sortant, on a le sentiment d’avoir traversé un territoire sensible où l’intime devient politique, et où la parole devient, elle aussi, une forme de courage.
Quand ? Du 29 janvier au 8 février 2026 (reprise)
Où ? Théâtre L’Atelier, Paris
Billets : Ticketac, Ticketmaster ou Théâtre L’Atelier
Trois œuvres, trois horizons, une même nécessité : réapprendre à écouter. Ces trois spectacles ont ceci en commun : ils convoquent la présence. La présence à soi, à l’autre, au monde.
La Fin du courage interroge la possibilité d’agir encore.
Dafné Kritharas nous rappelle que la musique peut rassembler ce que les frontières séparent.
La chair est triste hélas affirme que dire sa vérité est parfois la seule façon de se réconcilier avec soi-même.
Un théâtre du sens, une musique du monde, un récit intime : trois chemins pour approcher la même question essentielle.
Qu’est-ce que vivre vraiment ? Comment continuer à le faire avec lucidité, douceur et résistance ?
Une belle manière d’entrer dans l’hiver.
Zaïa Khennouf
© photos C. Raynaud de Lage, C. Hélie Gallimard, Chloe Kritharas Devienne