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Juil / 14

Off d’Avignon : nos coups de cœur

By / La Rédaction /

Zoom sur des pièces de théâtre programmées en juillet au Festival Off d’Avignon qui tentent d’impulser un autre regard. Des créations qui visent à faire changer les mentalités et s’élever contre toute forme d’injustice et de discrimination.

Off d’Avignon : nos coups de cœur

Françé, l’histoire coloniale et son héritage

Notre histoire commune est une thématique majeure chez D’Ailleurs & D’Ici. Voir le théâtre s’emparer de plus en plus de cette question nous semble essentielle. A l’image de Françé, une création portée avec brio par Lamine Diagne et Raymond Dikoumé, dans une mise en scène signée Jessica Dalle. « Dans cette histoire, il y a de la place pour tout le monde, tous les humains, mais on va s’intéresser à une famille en particulier : notre petite famille française. Et comme dans toutes les familles, il y a des secrets, des choses que nos parents et nos grands-parents ont vécues. Il va falloir descendre à la cave, fouiller les cartons, déballer nos héritages… », dit une voix off en guise de préambule.

© Eric Massua

Imaginez un grand immeuble, en France. Puis les profondeurs d’une cave qu’on préfèrerait oublier avec ses souvenirs enfouis dans des cartons que l’on cache aux enfants. Au fil de vieilles lettres, des figures d’un grand-père tirailleur sénégalais ou encore d’un entrepreneur colonial convaincu de sa mission civilisatrice, Lamine Diagne et Raymond Dikoumé revisitent des histoires intimes, le parcours de leurs ancêtres, explorent l’héritage de la colonisation, tout en évoquant les non-dits dans lesquels ils ont grandi. Avec humour et tendresse, ces deux afro-descendants convoquent leurs racines, questionnent leur identité, faite de double culture et de déconstruction. Des fantômes du passé qui renvoient terriblement aux crispations du temps présent. Une pièce qui appelle à ne plus ignorer cette mémoire en partage. Nous sommes toustes Français.

 

  • Théâtre des Halles, 11h, relâche les mercredis
L’Enfant de l’Arbre : une fable à voir en famille

Théâtre jeune public à voir absolument en famille, L’Enfant de l’Arbre nous remet face à face avec nos fondamentaux, avec l’enfance comme boussole.

© Ghislain-Durif

Plongés dans notre société abondante et consumériste, nous en oublions les bases. Nous sommes pourtant tous les enfants de l’arbre, rappellent avec poésie Aurélie Lauret, Antoine Chalard et Florent Malburet. Et si l’eau venait à manquer ? Pourquoi travaillons-nous ? Pourquoi tant d’injustices, de violences et d’inégalités ? Si les rivières n’ont pas de frontières, veillons sur nos arbres, veillons sur nos âmes. Notre terre en partage.

 

  • Chapelle du Verbe Incarné, 15h05, jusqu’au 24 juillet

 

Moun Bakannal : « je suis libre, je suis toustes »

Voyage musical sur les terres du carnaval, Moun Bakannal nous transporte pendant 1h dans une formidable énergie collective à l’intérieur de laquelle le pauvre danse plus fort que le riche, l’esclave devient reine et où l’exil trouve justice et réparation. Signé par la compagnie Difé Kako, ce spectacle vivifiant métisse avec frénésie tradition créole et accents électro.

© Cie Difé Kako

Une façon de relier notre histoire commune, de la mazurka des bals parés-masqués guyanais aux vidés de Guadeloupe et de Martinique, en passant par la force des rythmes traditionnels du carnaval dunkerquois et des processions du Pays Basque, sans oublier le mystère des canaux vénitiens. Une lecture transversale de nos pluralités pour affirmer haut et fort : « je suis libre, je suis toustes ». Un spectacle pour rappeler que le carnaval n’est pas qu’une fête. C’est un rendez-vous où le genre n’existe plus. Une safe place pour parler, crier et chanter dans toutes les langues.

 

  • Chapelle du Verbe Incarné, 12h10, jusqu’au 17 juillet.
  • Retrouvez également la chorégraphe Chantal Loïal, fondatrice de la Cie Difé Kako, aux Ateliers de la Manutention dans On t’appelle Vénus #2 à 14h45 jusqu’au 18 juillet. Sans oublier le Mois Kréyol en novembre ! 
Changer le monde avec Yvan Loiseau

Alors que les nouvelles du matin à la radio déclenchent un dégât des eaux permanent en lui, Yvan Loiseau tranche dans le vif. « Est-ce que vous vous aimez ? », lance-t-il au public de l’Isle 80 dans C’est comme ça : spectacle pour changer le monde. « Est-ce que vous aimez le monde ? Ou ce qu’il se passe dans le monde ? ». Après s’être fait connaître ces derniers mois par des associations locales avec lesquelles il coconstruit l’organisation d’un curieux banquet le 14 septembre le long des remparts, cet artiste pluridisciplinaire nous offre en juillet 1h15 d’amour et de réflexion. Intimement convaincu qu’ « il y a un autre monde dans ce monde », il se demande « comment sommes-nous passés du nous au je ».

© Isle 80

Avec sincérité et beaucoup d’énergie, Yvan Loiseau se donne sur scène comme jamais, avec ce désir de faire basculer son auditoire dans l’intelligence collective. Combattre les injustices avec poésie. Tel est son engagement à travers ce spectacle où il n’hésite pas à faire participer le public. A lui faire crier « love » en force et lui faire murmurer « je t’aime d’humanité ». En remplaçant les violences policières par des violons. Avec toton Bolloré dans le viseur. Prêt à lui faire boire « la bave de tout ceux qui en bavent trop ». Le spectacle d’un « homme blanc, cis genre, hétérosexuel, bobo, dont la première chose à faire est de la fermer et d’écouter les autres ».

 

  • L’Isle 80, 13h, relâche les mardis
Kanaky 1989 : les mémoires de la famille Carenco

Dans Kanaky 1989, Fani Carenco retourne dans ses souvenirs d’enfance. Fille du haut fonctionnaire Jean-François Carenco, elle nous révèle l’amitié entre sa famille et celle de Jean-Marie Tjibaou. Un an après leur arrivée en Nouvelle-Calédonie à la suite des accords controversés de Matignon, ils vivent le choc de la mort de la figure emblématique de l’indépendantisme kanak, assassiné avec son lieutenant Yeiwéné Yeiwéné le 4 mai 1989 sur l’île d’Ouvéa.

© Fani Carenco

Sur scène aux côtés de Laurence Bolé (première Kanak à être sortie diplômée d’une école nationale de théâtre) et Adeline Bracq, Fani Carenco opère un réel travail de mémoire à travers un regard d’enfant, entre petite et grande histoire. Une pièce profondément ancrée dans l’actualité à l’heure où les partis indépendantistes et loyalistes de Nouvelle-Calédonie ont signé samedi 13 juillet un accord historique sur le futur statut politique du territoire français du Pacifique, qui devrait devenir un État autonome au sein de l’État français. « Les Kanaks vous emmerderont jusqu’à l’indépendance », disait Jean-Marie Tjibaou.

 

  • Chapelle du Verbe Incarné, 20h, relâche les 11 et 18 juillet
FAST ou les ravages de la fast fashion

Très pédagogique, FAST interroge nos habitudes de consommation vestimentaires. Est-ce que j’en ai réellement besoin ? Est-ce que cette marque est éthique ? Suis-je influencé ? Dois-je céder à l’achat compulsif ? Placés au milieu d’un dispositif bi-frontal où ils n’hésitent pas à jouer avec les codes du défilé de mode, Didier Poiteaux et Olivier Lenel visent avec intelligence et beaucoup d’auto-dérision les dérives de la fast fashion, un système qui produit toujours plus, toujours plus vite, à des prix toujours plus bas au préjudice des conditions de travail humaines et de l’environnement.

© Ryszard Karcz

Construite à partir des investigations menées par Didier Poiteaux, FAST nous permet de prendre du recul sur notre façon de consommer le vêtement. Jeux de devinettes sur les tendances, présentation de statistiques affolantes, interactivité avec le public… Toutes les générations sont invitées à s’interroger sur comment concilier notre besoin de paraître et cette urgente nécessité de prendre soin de notre planète. Un spectacle qui invite à consommer moins mais mieux. Tout en rappelant très justement que tout ce carnage est le résultat d’un système capitaliste né pendant la colonisation et la traite négrière. Du théâtre documentaire sur l’une des industries les plus polluantes !

 

  • Théâtre des Doms, 10h30, relâche le mercredi
Samia Orosemane, une humoriste qui rassemble

Après une tournée aux quatre coins du monde avec son one-woman show Femmes de Couleurs, Samia Orosemane est de retour sur les planches avec un nouveau spectacle qui décape et casse les codes ! Révélée au Jamel Comedy Club, la comédienne, à l’origine du Festival du rire à Djerba, n’a rien perdu de son sens aigu de l’autodérision.

 

© S.O.

Avec Je suis une bouffonne, elle nous embarque avec énergie et sincérité dans ses aventures, entre son désir de grossesse à travers son parcours en PMA, des scènes cocasses du quotidien, sans oublier d’envoyer quelques punchlines sur son propre milieu du stand-up. On rit, on pleure. On y parle d’accents, d’identités, de double culture, de mariage mixte… Un spectacle pour nous rappeler qu’il est essentiel de rire de soi-même tout en affirmant ses positions et sa détermination à prendre place dans cette société complexe et déchirée. Un spectacle pour déjouer les préjugés et briser les barrières ! A l’arrivée, on s’attache à une personnalité qui refuse d’être réduite à une étiquette. A l’image de son public : intergénérationnel et de toute culture. Samia Orosemane, c’est la France Plurielle à l’état pur !

 

  • Comédie Saint-Roch, 16h30, relâche le mardi
Quand Habibitch décolonise le Festival d’Avignon

Avec Décolonisons le Dancefloor qu’elle porte depuis 8 ans, Habibitch ne cesse de déconstruire les acquis et les mécanismes de cette société bouffée par un nombre incalculable de discriminations systémiques. Par l’intermédiaire d’une conférence gesticulée où elle n’hésite pas à intégrer quelques pas de danse issus de sa pratique du voguing au sein de la scène ballroom, cette performeuse s’attaque avec pédagogie au privilège blanc, au racisme structurel ou encore à l’appropriation culturelle. « Quand on ne peut plus coloniser les territoires, on colonise les cultures », affirme la franco-algérienne chercheuse en sociologie, passée de la Vendée à Sciences Po.

© Camille Lenain

 

A l’heure de l’extrême-droitisation du monde, elle s’appuie sur ses recherches et son propre vécu pour rappeler qu’il n’y a pas d’espace safe et qu’il est temps de s’interroger sur ce triptyque matérialiste composé de la classe, du sexe et de la race. En résistance, elle revendique les intersections de son identité et appelle à déconstruire l’idée que l’histoire serait une science objective. Sans jugement, elle nous invite toustes à repenser nos rapports sociaux quotidiens. Tout en précisant avec justesse que la cause palestinienne est l’incarnation d’une lutte plus globale contre l’injustice, le racisme, le colonialisme, en solidarité avec tous les peuples opprimés. Un appel à l’unité face aux systèmes de domination.

 

  • La Manufacture, Château de Saint-Chamand, 19h15, jusqu’au 22 juillet
Lights on Chaplin : un message de paix et de liberté

En ces temps où la haine de l’autre n’a jamais été aussi à la mode, Ligths on Chaplin fait du bien au moral. En reprenant les codes de l’œuvre immense du visionnaire Charlie Chaplin, dont la trame de Les Lumières de la ville, la troupe de la Compagnie Wahnsinn nous transmet 1h15 de burlesque et d’ironie sur la société et ses travers.

© Florian Dacheux

Un spectacle muet avec piano live où l’on rit de bout en bout malgré un scénario qui traite, en sous-texte, des inégalités sociales, du handicap ou encore du suicide. On y retrouve ce vagabond maladroit au grand cœur qui, errant sans le sou à travers la ville, tombe sous le charme d’une pauvre marchande de fleurs aveugle. Entre scènes culte revisitées et nouvelles inventions, Charlot affronte un quotidien semé d’embûches avec tendresse, humour et dignité. Un message de paix et de liberté. A l’image de cet éternel humaniste.

 

  • Espace Alya, 14h05, relâche les mercredis
Mais aussi...

Comme tu me vois – récits d’une grossophobie ordinaire : Grégori Miège explore notre rapport au corps dans une société grossophobe. Dans ce témoignage intime d’une grande pudeur, il est aussi bien question d’humour que de désir. Un parcours émancipateur vis-à-vis de la violence du regard des autres mais aussi de celle qu’on intègre malgré soi.

  • Théâtre Le Train Bleu, 18h45, relâche les 11 et 18 juillet

 

Pas assez noire : C’est l’expression du voyage intérieur de Djinda Kane entre le Sénégal et la France. Métisse franco-sénégalaise, fruit de l’union d’une mère juive ashkénaze et d’un père musulman, elle a toujours évolué à cheval entre deux mondes, deux cultures, parfois sans se sentir pleinement appartenir à l’un ou à l’autre.

  • Théâtre Les Antonins, 20h30, les lundis, jeudis et samedis

Paradoxe : Savant mélange entre confidences personnelles sur ses origines turques et kurdes, son enfance dans une tour de banlieue jusqu’à son arrivée dans un building de la Défense, son célibat ou le racisme ambiant, Umut Köker présente Paradoxe, un spectacle qui milite pour le besoin de dépasser les apparences.

  • La Comédie d’Avignon, 21h, jours pairs

Chawa : Seule-en-scène puissant, drôle et bouleversant, Chawa explore l’identité juive, les racines familiales, et le poids de l’héritage avec une justesse rare.

  • Théâtre Les Antonins, 20h30, les mardis, vendredis et dimanches

Merou : A sa naissance, sa famille et les médecins ont décrété que Lou Trotignon serait une femme, et Lou n’est pas d’accord avec ça. Lou raconte avec humour son histoire personnelle de transition.

  • Roseaux Teinturiers, 20h30, relâche les mardis

Echos : Parcours hybride d’un drag King, Charlie d’Emilio en quête de soi, explorant ses relations à la famille, à l’amour, à la solitude et à la communauté́ queer.

  • Théâtre des Lila’s, 21h30

Camus Casares : Jean Marie Galey et Teresa Ovidio s’emparent des échanges amoureux magnifiques entre Albert Camus et Maria Casarès. Le philosophe désenchanté et la tragédienne pétrie d’humour reprennent vie devant nous, unis par leur passion, au cœur d’une Europe agitée, déjà, par les conséquences désastreuses de la guerre froide et les derniers soubresauts du colonialisme.

  • Théâtre Essaïon, 21h50, relâche les jeudis

Nombril : Entre danse, théâtre et concert, Nombril est une fresque contemporaine explorant avec force et poésie la complexité de l’Europe centrale. Porté par les mots de Milan Kundera, le spectacle interroge la place de l’individu dans l’histoire, la vulnérabilité de la pensée, et la persistance d’une conscience européenne en mutation.

  • Théâtre La Luna, 21h37, du 5 au 15 juillet

 

Joue-la comme Mehdi : Mehdi Dix nous convie à un spectacle unique en son genre, où la poésie, l’humour et la chanson s’entrelacent harmonieusement pour nous offrir une réflexion profonde sur l’identité humaine. A travers les paradoxes de son identité, il se joue de sa double culture et de ses troubles de l’attention et s’amuse de cette grande comédie qu’est le monde.

  • Pixel Théâtre, 2oh10, relâche les 10, 17 et 24 juillet

 

Ouverture des hostilités : À partir d’un travail d’enquête auprès de penseur·euse·s et d’activistes, un groupe d’acteur·ice·s explore au plateau une série d’utopies réalisables et radicales, à grandes échelles, pour muscler nos imaginaires à penser des alternatives possibles. Ensemble, iels imaginent des mondes où les rapports de dominations sont transformés, où les conflits sont gérés autrement, où les décisions sont prises de manière égalitaires.

  • Théâtre des Doms, 21h45, relâche les 9, 16 et 23 juillet