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Avr / 22

Nantes : un mât pour la mémoire et contre le racisme

By / La Rédaction /

Après le Mémorial de l’esclavage en 2012, le “mât de la fraternité” vient d’être inauguré à Nantes, tel un symbole universel de la lutte contre le racisme. Pour la première fois en France, un descendant d’esclavagistes a présenté ses excuses pour les crimes commis par ses ancêtres.

Nantes : un mât pour la mémoire et contre le racisme

Erigé sur le parc des Chantiers, sur l’île de Nantes, ce mât de 18 mètres, réplique du mât du bateau négrier l’Aurore et imaginé par l’association La Coque nomade – Fraternité, réactive la mémoire de l’esclavage et de la traite atlantique. Inauguré le 18 avril dernier, devant plus de 400 personnes, « ce mât est dédié à tous les Africains déportés, broyés par l’esclavage colonial », affirme Dieudonné Boutrin, président de l’association La Coque nomade – Fraternité.

 

Terre de mémoire assumée, Nantes réalise ainsi un nouveau pas en avant vers la transmission de notre histoire commune, avec ce monument qui s’érige « contre le racisme et les discriminations ». « Métaphore des navires qui déportaient les captifs africains vers l’esclavage dans les colonies du Nouveau Monde, ce mât représentera désormais, dans le premier port de traite français, la mémoire de ce crime contre l’humanité, le rejet du racisme et l’amitié entre les peuples, explique la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (FME). Le choix du visuel du mât, évocateur d’un voilier, représente un symbole fort. Hier, il servait à coloniser. Demain, il servira à rassembler. Et à Nantes, principal port de commerce français dans l’histoire coloniale, il montre l’évolution du monde et la volonté d’un amour entre les peuples, d’aller vers le bien-vivre ensemble et la liberté pour tous. »

 

Pour rappel, entre la fin du XVIIe siècle et 1830, la Cité des Ducs est à l’origine d’au moins 1 754 expéditions négrières recensées, bien avant Le Havre (451), La Rochelle (448) ou encore Bordeaux (419). Nantes devient le premier port négrier français. Jusqu’aux révoltes de 1791, l’île de Saint-Domingue (Haïti), “la perle des Antilles”, est la destination privilégiée.

 

Parmi ces expéditions, celles des ancêtres de Pierre Guillon de Princé, « descendant d’une famille d’armateurs négriers qui armèrent six navires pratiquant la traite atlantique triangulaire entre Nantes et Saint-Domingue, ayant arraché 4 500 captifs de leur terre, dont 200 périrent en mer »

Pour une justice réparatrice

À la tribune, l’octogénaire, qui codirige l’association La Coque nomade – Fraternité, a présenté ses excuses à l’ambassadeur d’Haïti, Louino Volcy. « C’est vers l’ensemble des communautés des Caraïbes que je présente mes excuses pour l’impact du racisme sur leur quotidien, leur santé et leur bien-être, a exprimé Pierre Guillon de Princé, défenseur de la justice réparatrice, qui appelle à réparer (matériellement ou symboliquement) les dégâts causés par ces siècles de servilité imposée. J’ai une compassion toute particulière pour le peuple d’Haïti, doublement agressée par l’esclavage et par cette dette injuste qui lui a été imposée. » 

 

Un moment historique à l’aube du Temps des Mémoires et des 25 ans de la loi Taubira. « L’idée ce n’est pas de donner des leçons de morale à tout le monde mais d’engager un dialogue, analyse pour sa part Jean-Marc Ayrault, le président de la FME. Nous avons la responsabilité en tant que Français d’engager ce dialogue entre toutes les nations, celles qui ont été colonisées et celles qui ont été colonisatrices ».

 

À terme, d’autres villes pourraient reproduire ce monument nomade et fédérateur, à l’instar de Bristol, au Royaume-Uni, dont l’histoire est liée à celle de l’esclavage. Trois bateaux pédagogiques, répliques de navires du XVIIIe, sont par ailleurs en cours de construction. Ils donneront à voir la réalité de la traite atlantique sur trois continents pour l’ambitieux projet de La Coque nomade – Fraternité intitulé “Triangle de la mémoire”.

 

 

Sources : Nantes Ville & Métropole

Crédit photo : © Nantes Ville & Métropole Ludovic Failler