Marseille, Quartiers Nord : le Café des femmes">
Avr / 24
Prenons la direction des secteurs nord de Marseille, au cœur de la cité du Plan d’Aou, un quartier plombé par le chômage, les trafics et l’isolement. Né d’une collaboration entre une association locale et Banlieues Santé, le Café des Femmes offre un lieu d’écoute, de partage et de convivialité.
RÉPARER NOS ÂMES
Marseille, Quartiers Nord
la croisade contre
Le Café des femmes
Ce jour de mai, nous rejoignons en voiture la cité du Plan d’Aou, dans les quartiers nord de Marseille. On longe le nouveau secteur financier de la Joliette et son luxueux centre commercial, puis on passe sous un pont. « Tu vois ce pont ? C’est un check point. À partir d’ici, on entre ailleurs ». C’est Yassine Ennomany qui le dit, il est responsable de l’antenne locale Banlieues Santé. Banlieues Santé a initialement été créée en 2018 dans le 93 et se développe depuis 2022 sur d’autres territoires. Ici, à Marseille, elle est partenaire de l’Association des Femmes du Plan d’Aou. L’idée ? Créer puis développer un café de femmes au cœur de la cité – l’ouverture a eu lieu en mars 2022. « On a d’abord travaillé sur la confiance, poursuit Yassine, l’estime de soi, et donc l’image de soi. L’association partenaire a repéré des femmes en grande difficulté. Nous avons proposé durant une première phase des activités autour du bien-être, avec la création d’une salle de socio-esthétique, faite pour des soins individualisés. Et nous avons positionné chaque semaine deux ou trois séances individuelles et collectives pour des femmes à qui nous proposons de prendre soin d’elles, un vrai temps pour elles. C’est vraiment un petit cocon dédié à se remobiliser. Voilà donc la première phase : socio-esthétique, socio-coiffure, activité physique, sorties culturelles. Après, lorsque nous arrivons à échanger sur leur situation, au moment où les femmes ont envie d’en parler, nous rencontrons de nombreuses problématiques. La permanente du centre, Fatna Sid El Hadj, va accueillir les femmes. C’est la phase 2 qui démarre. Le but, c’est de solutionner les problématiques du quotidien. Fatna les accompagne individuellement, et aussi dans une dynamique collective, selon la nature du problème. Cela peut concerner la santé, les violences conjugales, l’accès à une couverture sociale, un surendettement, la déscolarisation de petits… Nous allons convoquer toutes les solutions possibles, parce que des solutions existent pour aider les femmes à prendre leur envol. Le but, c’est de laisser les problématiques émerger pour pouvoir les traiter. »
Ensemble, on va plus loin !
Quand on arrive à la cité, on est d’abord surpris par son cadre exceptionnel. Une vue superbe, pic sur la mer, des jeux d’enfants, des bâtiments réhabilités… Pourtant les problèmes sont là, à vif. Chômage et précarité, trafics, délinquance et isolement sont aussi le quotidien du quartier. Un panneau donne la tonalité : Ensemble on va plus loin. Yassine me présente la permanente du lieu. Un endroit accueillant, où tout est pensé pour mettre à l’aise, la déco, le mobilier, l’espace enfants, tout est fait pour s’y sentir bien. « Et puis, il y a le côté piste de décollage, poursuit Yassine, c’est la phase 3, et la dernière. On peut aller plus loin lorsque quelqu’un se dit : « J’ai repris confiance, je me sens mieux, on peut défaire ensemble les boulets qui m’empêchaient d’avancer ». L’idée, c’est de pouvoir aller vers l’entrepreneuriat ou vers l’emploi. C’est ça qui émancipe et donne les solutions pérennes aux gens. On est en train de voir, juridiquement, comment monter une coopérative de femmes. Pour que les femmes soient correctement rémunérées et aussi qu’une partie de l’argent puisse être réinjectée dans le Café des Femmes. Ces femmes ont des idées, des projets, elles ont besoin d’un vrai coup de main pour monter leur boîte ou trouver un boulot. Et puis, il y a aussi des femmes qui ne vont pas pouvoir, car leurs problématiques sont trop importantes. Mais la première victoire, c’est déjà d’être ensemble, de participer à des activités, de sortir de la maison. De la chaleur, de la confiance, du sourire, de la bonne humeur. Et du pragmatisme ! »
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Cet article, dans son intégralité, est publié dans notre livre Les Réparateurs, coordonné par Florian Dacheux, en librairie et sur toutes les plateformes en ligne.
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