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Sep / 19
L’Institut d’études et d’actions citoyennes a été inauguré dans le VIème arrondissement de Paris le vendredi 12 septembre dernier. Cofondé par la psychiatre et écrivaine Fatma Bouvet de La Maisonneuve, l’avocat Hosni Maati et l’historienne Delphine Peiretti-Courtis, le but de cet institut est de créer un réseau sur tout l’Hexagone afin de prendre en charge les personnes victimes de racisme.
L’Institut d’études et d’actions citoyennes est lancé
Alors que l’extrême-droite progresse partout dans le monde et que nous vivons en France une rentrée mouvementée sur le plan social et politique, la naissance de ce nouvel institut apporte un bol d’air frais. Son objectif : proposer un suivi complet aux personnes victimes de racisme. Un moyen pour lutter contre toutes les différentes formes de discrimination. Comme le rappelle la psychiatre Fatma Bouvet de La Maisonneuve, le racisme peut provoquer des traumas psychiques importants chez les personnes qui en sont victimes, ce qui peut engendrer chez elles une culpabilité et, du coup, les pousser à ne pas porter plainte.
En effet, sur 1,2 million de personnes recensées victimes de racisme en France, seules 3% osent porter plainte : « Les conséquences du racisme sur le psychisme sont encore méconnues en France », poursuit la psychiatre. L’objectif de l’institut est « d’apporter des solutions pluridisciplinaires. Il ne faut pas oublier qu’il y a un continuum historique entre le passé esclavagiste et colonial et nos rapports sociaux contemporains ». « La révolution, ici consiste à revivifier nos principes républicains », affirme Hosni Maati. L’historienne Delphine Peiretti-Courtis insiste elle sur la nécessité de déconstruire les stéréotypes racistes notamment dans le milieu médical : « En France, un homme blanc a 50% de chances supplémentaires d’être accueilli prioritairement en urgence qu’une femme noire de même âge et victime de symptômes similaires. » On comprend bien la stratégie engagée par ce nouvel institut : grâce à la mise en commun de savoirs issus de différentes disciplines, c’est d’apporter un soutien solide aux personnes victimes de racisme, que ce soit dans le domaine social, juridique, médical et/ou scolaire. « Il s’agit de prendre en charge les personnes victimes dans leur globalité. Cela doit aller de soi de porter plainte quand on est victime de racisme. Il n’y a pas de réparation sans réparation psychique, du droit et du récit », continue la psychiatre.
Faire taire un racisme de plus en plus décomplexé
Suite à la publication de son manifeste « Debout ! Tête haute » (Éd. du Croquant) et au tour de France qui s’en est suivi dans 11 départements, dont plusieurs acquis au vote RN et à partir du manifeste qu’elle a écrit sur le racisme et la santé mentale, la psychiatre s’est retrouvée face à un paradoxe : « Les gens ne parlent pas de problème d’immigration. Ils nomment leurs difficultés à trouver des médecins, des profs, et parfois du travail. Majoritairement ils reconnaissent que sensibiliser les gens sur les questions liées au racisme est essentiel, mais le mot d’ordre général est désormais : « Que fait-on dans la pratique ? ».
Les trois intervenants soulignent les propos de certains médias et de politiciens qui entretiennent un « délire », y compris dans un environnement apaisé. Il s’agit de faire taire un racisme qui tend à être de plus en plus décomplexé, en prenant conscience que ce n’est pas un droit, mais un devoir, de porter plainte lorsqu’on en en est victime.
Ekim Deger
À relire : la tribune de Fatma Bouvet de la Maisonneuve
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