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Mar / 07

Déracinés de La Réunion : l’heure de la réparation

By / Florian Dacheux /

Enfin le bout du tunnel. L’Assemblée nationale a adopté le 28 janvier à l’unanimité une proposition de loi de réparation pour les enfants dits de la Creuse, visant à reconnaître et réparer les préjudices subis par les mineurs réunionnais déplacés de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984. Le texte prévoit notamment la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage et une allocation forfaitaire pour les victimes encore en vie. Dans Les Réparateurs à paraître chez Multikulti Editions le 12 mai prochain, nous reviendrons en détail sur ces années de combat que nous avons relaté à travers différents reportages et ateliers jeunesse.

Déracinés de La Réunion : l’heure de la réparation

C’était hier. Une histoire longtemps mise de côté, abandonnée aux marges. Un tabou qui dérange. De 1962 à 1984, plus de 2000 enfants réunionnais, généralement issus de classes pauvres, font l’objet d’une migration forcée à plus de 10 000 kilomètres de chez eux. Agissant sous la pression d’une administration néocoloniale française – affolée par la décroissance démographique de 83 départements de l’Hexagone touchés par l’exode rural – beaucoup de parents ont alors signé les autorisations exigées, convaincus que leurs enfants s’envolaient pour un avenir meilleur avec un billet retour. La plupart n’ont jamais pu revoir leurs enfants. Une fracture terrible.

 

Depuis sa création en 2015 à Quézac (Cantal), la Fédération des Enfants Déracinés des DROM (FEDD) n’a jamais cessé de relancer ce vaste chantier politico-judiciaire. Puis la bonne nouvelle est enfin survenue il y a peu, le 20 janvier, quand la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale adoptait enfin la proposition de loi portée par Karine Lebon. Ce texte, soutenu par 120 députés cosignataires, visait à reconnaître officiellement les préjudices subis et à ouvrir la voie à une réparation financière et morale. Celui-ci a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 28 janvier, à 23h54, sous un tonnerre d’applaudissements. « Un tsunami d’émotion », a réagi Marie-Germaine Périgogne, la porte-parole de la FEDD.

 

Le texte prévoit la création d’une commission de reconnaissance, l’instauration d’une journée nationale d’hommage le 18 février, l’ouverture d’une Maison de l’accueil et de la protection de l’enfance en Creuse, ainsi qu’un lieu de mémoire et de ressources à Guéret et à Saint-Denis, dans le même esprit que le Mémorial de la Shoah à Izieu. Attendue de longue date, la réparation financière prendra la forme d’une allocation spécifique financée par un fonds de solidarité subventionné par l’État dont le barème sera fixé par décret. Son montant sera censé couvrir l’ensemble des préjudices liés au séjour contraint. « Tous les enfants recevront la même somme forfaitaire », précise Marie-Germaine, qui n’a jamais lâché la députée Karine Lebon afin que la proposition de loi soit conforme à leurs attentes. « Le travail acharné des survivants et des associations a fini par payer, a réagi la députée. Une joie immense, à la hauteur des décennies de silence. C’est la preuve que la persévérance peut faire bouger la République. Nous n’effaçons pas les blessures mais nous ouvrons enfin une voie de justice et de réparation. »

 

Dernière étape d’ici l’été : la loi doit encore être votée au Sénat pour être adoptée définitivement. 

 

Fl. D.

Florian Dacheux