Beauté inclusive : dans les coulisses de la socio-esthétique">
Avr / 24
En Île-de-France, des soins de beauté pour restaurer l’estime de soi, première étape pour affronter la vie et ses blessures. Voilà la vocation de la socio-esthétique, une pratique méconnue de soins de bien-être à visée thérapeutique pour les personnes en situation de fragilité, femmes en tête.
RÉPARER NOS ÂMES
Beauté inclusive :
la croisade contre
Dans les coulisses de la socio-esthétique
«Quand je passe ici à Barbès, je me permets de taper à la porte, même lorsque je n’ai pas rendez vous », confie d’emblée Chafia, la cinquantaine, qui ose alors lancer à la femme qui l’accueille : « Voilà ce qui m’arrive, quels sont vos conseils pour pouvoir continuer, après, sans vous ? Et ne pas refaire de bêtises… ». Ce fameux lieu de recueillement pour Chafia, longtemps confrontée « aux galères, au chômage, jusqu’à pratiquement vivre à la rue », n’est autre qu’un… salon de beauté. Un salon toutefois pas comme les autres, où œuvrent des socio-esthéticiennes ! Leur métier ? Prodiguer des soins esthétiques à visée d’accompagnement thérapeutique pour les personnes en situation de fragilité (pauvreté, maladie, vieillesse, …), à l’instar de Chafia et bien d’autres femmes frappées par les épreuves de la vie. « En dix ans, nous avons accompagné pas moins de 8 000 personnes, et ce depuis la création de notre premier salon à Barbès », explique Maud Leblon, ex-directrice générale de l’association Joséphine, qui se présente comme le premier «réseau de salons de beauté solidaires en France, cumulant deux autres sites implantés à Moulins (03) et Clermont-Ferrand (63).
Pas qu’un simple gommage
Coiffure et auto-coiffure, manucure, épilation, maquillage, conseil en image… Autant de prestations proposées dans le cadre d’un parcours personnalisé de soins de beauté et de bien-être, d’une durée d’un an, alternant rendez-vous individuels et ateliers collectifs. Et ce, avec un objectif affirmé : permettre à ces femmes – souvent les premières affectées par les inégalités professionnelles, les maltraitances de genre ou le mal-logement – de « retrouver l’estime d’elles-mêmes pour se remobiliser vers des projets personnels ou professionnels », explique Maud Leblon, convaincue que « de tels soins, loin d’être accessoires, répondent à des besoins essentiels pour ces personnes fragilisées et isolées en termes d’image de soi ». Des femmes vivant pour la plupart du RSA, voire sans ressources. On l’aura compris, l’enjeu à la clé « n’est pas juste de profiter d’une coupe de cheveux ou d’un massage pas cher ! », lance Maud Leblon, – les clientes s’acquittant d’une participation de quelques euros par soin – « mais bien de soutenir leur capacité d’agir, cet empowerment si essentiel pour reprendre le contrôle sur sa vie et retrouver une place dans la société ».
Pour évaluer l’utilité sociale de la socio-esthétique, pratique encore trop peu connue, l’association n’a pas hésité à mener en 2019 une étude d’impact avec le GREUS, un laboratoire de recherche, via des entretiens réalisés auprès de 300 femmes. Résultat : lorsqu’elles viennent au salon, 94 % disent avoir le sentiment d’être en dehors de la précarité, 98 % se sentent reconnues et respectées pour ce qu’elles sont, 89 % disent gagner confiance en elles. Enfin, pour 69 % d’entre elles, Joséphine a été un levier pour enclencher de nouvelles démarches personnelles ou professionnelles. Forte d’un tel bilan, l’association a même lancé Estime Emploi en 2020, un programme pilote de six mois, entièrement dédié à l’accompagnement professionnel des intéressées !
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Cet article, dans son intégralité, est publié dans notre livre Les Réparateurs, coordonné par Florian Dacheux, en librairie et sur toutes les plateformes en ligne.
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