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Sep / 20

Au cœur de la vie quotidienne des jeunes de Rosny-sous-Bois

By / La Rédaction /

À rebours des clichés médiatiques qui réduisent les quartiers populaires à des foyers de délinquance ou de relégation, Mickaël Chelal nous plonge, dans Grandir en cité, au cœur de la vie quotidienne des jeunes de Rosny-sous-Bois et d’une forme d’organisation sociale différente des normes dominantes. Loin d’un discours sensationnaliste, il livre une fresque sociologique authentique, nourrie de sept années d’enquête anthropologique urbaine.

Au cœur de la vie quotidienne des jeunes de Rosny-sous-Bois

«Les quartiers populaires ne sont pas représentés assez justement dans les médias », selon le sociologue Mickaël Chelal. « En général, ils se focalisent seulement sur une fraction de la jeunesse des cités : la délinquance ». Lui ne nie pas les tensions ni les violences au sein des grands ensembles, mais refuse d’en faire le prisme unique de lecture. En suivant deux bandes (une composée de jeunes adultes et l’autre de trois adolescentes), il s’intéresse à la socialisation des jeunes de son quartier en prenant compte des caractéristiques différentes comme l’âge ou le sexe.
À travers anecdotes, portraits vivants et références cinématographiques, l’auteur rend concrètes des notions parfois abstraites et déjoue les clichés sur les cités. Grâce à une sociologie accessible, il éclaire deux idées clés : la socialisation par l’espace, c’est-à-dire la manière dont l’environnement influence les comportements, les corps et les attitudes, et la socialisation à l’espace, qui montre comment les jeunes s’approprient et réinventent leur quartier.

 

Une hiérarchie structurée

« Les quartiers populaires ne sont pas le terrain d’une désorganisation sociale, insiste l’auteur. Ils ont simplement une organisation différente des normes dominantes. » Le livre dévoile un monde structuré par des règles implicites, où l’espace public est le terrain d’une véritable socialisation. La rue, souvent perçue comme un lieu de danger ou d’oisiveté, devient ici une scène d’apprentissage. On y apprend les codes du respect, l’art de se faire une place et de préserver sa dignité. Ce système valorise l’âge et l’ancienneté. Trois catégories rythment les interactions sociales : les « petits », enfants ou préadolescents en quête de reconnaissance ; les « grands », jeunes adultes occupant un rôle d’autorité et d’influence ; les « anciens », figures respectées qui incarnent la mémoire du quartier. 

Les « grands » ne se limitent pas à un rôle d’autorité : ils peuvent être protecteurs, mentors, facilitateurs de liens solidaires, mais aussi parfois instigateurs de comportements déviants, comme en témoigne Fouad, entraîné dans la délinquance par un aîné.

 

Des femmes pas si absentes

Ses observations concernant la position sociale des femmes dans la cité remettent également en question le discours médiatique traditionnel selon lequel les hommes monopolisent les grands ensembles. Effectivement, comme Mickaël Chelal l’explique, les « grandes » n’existent pas socialement, dans le sens où un groupe de jeunes femmes adultes ne sera pas appelé « les grandes », contrairement aux hommes. Ce n’est pas pour autant que les femmes ne sont pas présentes dans la vie de la cité. Au contraire, le sociologue remarque « une grande participation des femmes aux luttes concernant le quartier ».

 

Gabriel Dubreuil 

Grandir en cité. La socialisation résidentielle de “jeunes de cité”, de Mickaël Chelal, Editions Le Bord de l’eau, 2025.